Les contes de fées des frères Grimm n'étaient pas du tout pour les enfants

Victor De Sepausy - 07.10.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - contes fées - frères Grimm - tradition orale allemande


En collectant des récits anciens — souvent tout aussi vieux que l’humanité elle-même — les frères Grimm ont marqué l’histoire littéraire. Les contes qui portent leur nom furent publiés pour la première fois en 1812, passablement plus violents que les versions connues. Et définitivement, le livre n’avait pas vocation à tomber entre les mains d’enfants.


Cendrillon, par Gustave Doré (illustration)
 

Si l’on remonte assez loin dans le temps, on découvrira que Cendrillon est un récit assez classique : on en trouve des traces en Chine antique ou dans l’Égypte ancienne. Mais suivant les cultures, certains détails varient logiquement : la citrouille était un arbre à pain dans les Antilles, en Égypte, les pantoufles étaient de cuir rouge, etc.

Dans un même ordre d’idée, Jack et le Haricot magique tire lui-même ses racines de récits datés de plus de 5000 ans.
 
Pour revenir à Cendrillon, dans le texte des frères Grimm, elle se nomme Aschenputtel, et en guise de bonne fée marraine, c’est un noisetier qui pousse sur la tombe de sa mère qui exauce des vœux. Quant aux demi-sœurs qui tentent à tout crin de faire entrer leur pied dans la pantoufle — alors tout-à-fait ordinaire — elles vont jusqu’à se mutiler pour y parvenir. L’une se tranche le gros orteil, l’autre se rabote le talon. Charmant. 

Ces contes du folklore européen, au sens le plus large, allaient devenir une source d’inspiration pour des siècles. Et quand bien même ces histoires définissent l’enfance, les frères avaient choisi de produire une collection avant tout destinée aux universitaires et érudits allemands. Pas du tout comme des livres à lire aux enfants avant d’aller au lit. 
 
On sait d’ailleurs qu’avec le temps, ces contes ont également servi à renforcer l’esprit nationaliste – les guerres napoléoniennes qui avaient sévi dès 1808 et jusqu’en 1815. Les frères avaient alors à cœur de préserver une certaine image de l’Allemagne et de la nation — fouiller dans les traditions orales permettait d’exhumer et de consolider un passé qu’on redoutait de voir disparaître. 

À l’occasion de l’exposition Ne les laissez pas lire !, à la BnF, sur les manuscrits censurés, fut également évoqué le devenir des contes de Grimm en France : horrifiant tant le traducteur que l’éditeur, les textes avaient subi des coupes significatives, voire des réécritures.

Si les contes de 1812 recelaient de véritables trésors, leur succès ne fut pas immédiat : les publications ultérieures permirent d’asseoir les histoires, de même que des ouvrages plus érudits — deux textes sur les légendes allemandes, plus proches de la recherche philologique, ainsi qu’un troisième sur l’histoire de la littérature allemande — renforcèrent leur réputation. 

Sur une quarantaine d’années, on dénombre pas moins de sept éditions de la collection des contes – la dernière datant de 1857, et se distingue de la première par le souci d’exactitude et de vérité qu’y revendiquaient les frères. À mesure que le temps passait, les versions étaient de moins en moins fidèles à la tradition orale, offrant une dimension littéraire plus appuyée. 

Quant aux illustrations, elles firent leur apparition en 1815. Bien que les deux frères aient alors travaillé à redynamiser la culture orale de leur pays, ils ont abouti à une collection de contes aujourd’hui incontournables. Et toujours aussi dérangeants pour les enfants…

via National Geographic


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