Les devoirs à la maison, une 'sous-traitance pédagogique'

Clément Solym - 26.03.2012

Patrimoine et éducation - Scolarité France - devoirs - maison - élèves


Voici l'éternelle question : donner ou ne pas donner des devoirs à la maison pour les petites têtes blondes qui rentrent déjà épuisées de leur journée de cours. La Fédération des Conseils de Parents d'Elèves a lancé l'idée et dès aujourd'hui, souhaite expérimenter la semaine sans devoirs, avec l'appui de l'ICEM-Pédagogie Freinet. 

 

Pour l'occasion, un blog dédié à cette cause essentielle, l'absence de devoirs à la maison, a été lancé. « Nous dénonçons depuis longtemps la persistance des devoirs à la maison, dont personne n'a jamais prouvé l'utilité et qui ne font qu'accentuer les inégalités entre les enfants selon qu'ils peuvent ou non bénéficier d'aide à la maison », clament les deux organismes. 

 

Des devoirs qui ne seraient par ailleurs qu'une « sous-traitance pédagogique», occasionnant dans les familles plus de conflits et de colères que de réelles avancées chez les élèves. Un fait que l'Association Fondation étudiante pour la Ville avait dénoncé, en septembre 2011, dans une étude consacrée aux devoirs. Ainsi, 59 % des parents estimaient alors que les devoirs à la maison de leurs enfants sont des moments conflictuels. Il arrive dans beaucoup de familles que les parents aussi soient pris en défaut par les devoirs des enfants. Ce qui permet ensuite à leurs enfants de leur reprocher de n'avoir pas su les aider pour avoir de bonnes notes. (voir notre actualitté

 

« Le rôle des parents dans la coéducation n'est pas de chercher à reproduire (mal) ce que font les enseignants », assure le blog

 

 

 

Car en dépit de ce que l'Éducation nationale revendiquerait, ce ne sont pas les parents qui réclament des devoirs pour leur progéniture. Et le problème serait alors à inverser complètement : que l'enfant présente ce qu'il a pu faire durant sa journée de cours, et non pas afficher durant sa journée d'école ce qu'il a pu réaliser d'étude une fois rentré chez lui. « C'est pourquoi nous commençons la transformation pédagogique de l'Ecole en mettant en place ce site afin que chaque parents et/ou enseignants qui combattent les devoirs à maison ou qui y ont mis un terme, puissent raconter leur histoire. De plus, à partir du 26 mars une "quinzaine sans devoirs" débutera. »

 

Selon la FCPE, si l'enseignant ne donne pas de devoirs à faire, les parents qui sont les plus hautement sensibilisés à l'importance de la réussite scolaire pour assurer des ambitions professionnelles futures feront toujours tout pour apporter un savoir supplémentaire à leurs enfants hors du temps scolaire.

 

Démagogie anti-républicaine

 

Mais voilà, détenteur de la force morale de l'Éducation nationale, Luc L'Oréal Chatel monte sur ses grands chevaux et défend l'utilité des devoirs réalisés à la maison. Déplorant une initiative toute démagogique, le ministre embraye dans un larmoyant plaidoyer : « Ce type d'initiative malheureuse abîme la notion même de mérite républicain. » Mieux : décider la fin des devoirs à la maison serait « une idée proprement inégalitaire ».

 

Et de poursuivre : « En effet, elle laisse entendre que le travail personnel en dehors de la classe serait vaine alors que les enfants des familles favorisées bénéficieront toujours d'un encadrement et d'un soutien à domicile pour ancrer les apprentissages de l'école. » 

 

Le mérite républicain, ou la dérive du travailler plus pour gagner plus a donc définitivement gangréné l'esprit du ministre, qui souligne les résultats fructueux de son opération d'accompagnement scolaire pour les ‘orphelins de 16h', par laquelle les collégiens qui le souhaitent ont pu bénéficier d'un soutien profitable. « Dans le domaine de l'aide aux devoirs et aux leçons, beaucoup d'intervenants dispensent aux élèves une aide méthodologique (88 %), font en sorte que les devoirs soient au moins en partie faits (84 %) et les leçons apprises (80 %) », rappelle l'AFP, citant une étude datée de décembre 2011. 

 

Mais entre soutien scolaire et devoir à la maison, n'existe-t-il pas une nuance ?