Les élèves de primaire sans manuels : le gouvernement préconise les photocopies

Nicolas Gary - 01.07.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - photocopie manuels scolaires - écoles primaires photocopier - élèves manuels gouveernement


Les échanges qui interviennent au Sénat sont parfois de véritables pépites : lors d’une séance de questions orales, en date du 21 juin, le sénateur François Bonhomme (Les Républicains) intervenait sur l’épineuse question des nouveaux programmes scolaires. Ce dernier souligne que, pour les éditeurs, les délais de réalisation des manuels sont bien trop courts, alors que le décret sur les nouveaux programmes n’a été pris qu’en novembre 2015...

 

Me trying to photocopy my self

Matthew Cua, CC BY 2.0

 

 

Pas assez de temps pour produire des manuels, voilà bien tout le problème qui se pose. Et pour refaire tous les ouvrages, du cours préparatoire à la troisième, il faudrait deux légions supplémentaires, note le sénateur. « Dans la plupart des cas, l’acquisition s’étalera sur deux ans et les collégiens n’auront pas accès aux mêmes programmes. Pas moins de 11,2 millions de manuels de collégiens seront changés dès la rentrée de 2016. Les autres livres seront renouvelés à la rentrée de 2017 », indique-t-il.

 

Avec un budget de 150 millions € pour les acquisitions, prévu sur la première année, le financement est déjà sur les rails. Cependant, pour l’école élémentaire, « l’achat des manuels n’étant pas une obligation pour les communes ». Ces dernières allouent ainsi entre 13 et 130 €, suivant leurs moyens, par enfant et par année. Leur renouvellement est ainsi évalué à 240 millions € « sur plusieurs années ». 

 

Or, dans le projet de loi de finances pour 2016, une enveloppe de 50 millions € avait été allouée aux communes – mesure que l’Assemblée nationale n’a pas retenue. Pourtant, poursuit François Bonhomme, le changement de manuels aura bien un coût « pour les communes, alors qu’elles ont déjà dû financer la réforme des rythmes scolaires et qu’elles sont confrontées à une baisse drastique des dotations de l’État ». 

 

On voit donc la question poindre : comment le gouvernement compte-t-il faire pour que les élèves puissent, de manière égale, accéder aux nouveaux programmes ? 

 

Ils n'ont pas de pain, qu'ils fassent des photocopies de brioches

 

Il reviendra à Ericka Bareigts, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité réelle, de répondre. Et son intervention a donné le vertige à plus d’un éditeur scolaire : 

 

Les manuels ne sont pas un support obligatoire d’enseignement. Le recours à des documents photocopiés est pris en charge par l’État. 7,7 millions d’euros sont inscrits, à cette fin, en loi de finances initiale 2016 pour le premier degré. 

 

Et si les photocopies ne suffisent pas, il faudra alors regarder sur internet : « En maternelle, par exemple, un livre numérique propose de nombreuses ressources didactiques et pédagogiques », poursuit-elle. Autrement dit, Madame la marquise, tout va très bien, car, « le ministère propose des postes concrets aux collectivités territoriales, sans occasionner de nouvelles dépenses ». 

 

« Il est vrai que vu sous l’angle comptable, 7,7 millions € pour accroître l’échec scolaire, y compris dans les DOM, ce n’est pas cher payé », souligne avec facétie une éditrice scolaire.

 

Le sénateur n’en reviendra pas non plus, médusé par la réponse qu’on lui oppose...