Les enfants bilingues développent de meilleures aptitudes cognitives

Louis Mallié - 05.09.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Singapour - Bilinguisme - Étude


Les avantages d'avoir des parents d'origines différentes à la maison. Selon les résultats d'une étude, les enfants exposés dès l'âge de six mois à un univers bilingue développeraient des aptitudes cognitives supérieures aux autres. L'étude a été menée par les chercheurs de la National University of Singapore et du Singapore Institute for Clinical Sciences, en collaboration avec nombreux hôpitaux de la ville.

 

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Soon Koon, CC BY-ND 2.0 

 

 

« Apprendre une seconde langue, pour un adulte, peut-être un travail laborieux […] Nous projetons parfois ce genre de difficultés sur les nourrissons, imaginant que la proximité de deux langues en même temps engendre un immense état de confusion dans leurs petites têtes. Pourtant, bon nombre d'études nous ont prouvé que les bébés sont privilégiés pour l'apprentissage de deux langues à la fois », explique Leher Singh, chercheuse du Département de psychologie de la National University of Singapore. 

 

Or, si la plupart des études se sont jusqu'ici concentrées sur les avantages proprement linguistiques de grandir dans un environnement bilingue, Leher Singh et son équipe se sont penchés sur ces avantages pour l'ensemble des aptitudes cognitives de l'enfant. Difficile, cependant, de jauger des aptitudes à traiter de l'information d'un nourrisson… C'est pourquoi les chercheurs ont employé une méthode fondée sur l'accoutumance visuelle — technique consistant à mesurer le temps que reste un sujet à fixer un objet avant de s'en détourner. 

 

Pour réaliser leur étude, Leher Singh et son équipe se sont donc penchés sur 114 nourrissons de six mois issus de familles aux revenus et éducations similaires, avec l'anglais pour langue principale. L'ensemble comprenait 60 enfants issus de familles bilingues, soit, exposés environ 25 % de leurs temps à une seconde langue. À chacun des sujets étaient montrées deux images : celle d'un ours, ou bien celle d'un loup en peluche. Une fois que la première image cessait de les intéresser, les scientifiques passaient à l'autre, encore inconnue des enfants. 

 

Ainsi qu'on le présume, les enfants grandissant dans un environnement bilingue se sont lassés plus rapidement de la première image, montrant un intérêt plus grand pour l'image inconnue. Les scientifiques, ont ainsi relié le temps d'adaptation à l'image et l'intérêt plus rapide pour la nouvelle à une aptitude plus élevée à assimiler la connaissance et se montrer prêt à en acquérir une nouvelle. « Même s'il s'agit d'une simple tâche, l'accoutumance visuelle constitue l'une des rares dont il ait été prouvé qu'elle prédisait le développement cognitif à venir », a expliqué Leher Singh.

 

Aussi, de telles performances viendraient, d'après les chercheurs singapouriens, de ce que les enfants bilingues développent de plus grandes compétences dans le domaine du traitement de l'information : contraints d'assimiler deux vocabulaires et grammaire différents, ils doivent en plus de cela apprendre les distinguer.  « C'est une bonne nouvelle pour les Singapouriens qui font des efforts pour être bilingues », s'est réjoui le professeur Chong Yap Seng, un des scientifiques ayant participé à l'étude.

 

Les Singapouriens sont en effet plus que concernés par le bilinguisme, la petite république possédant l'anglais, le malais, le tamoul et le chinois pour langues officielles…