Baudelaire, à la recherche de la perfection perdue

Cécile Mazin - 16.06.2015

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Charles Baudelaire - Fleurs mal - corriger poèmes


Baudelaire, acharné, à traquer la faute, le cheveu fou, la plume vigilante... l’image séduit d’autant qu’elle conforterait le travail minutieux du poète. Les éditions des Saints Pères proposent non pas le manuscrit original, probablement perdu à jamais, mais le Bon à Tirer. Cette version, juste avant que le livre ne parte chez l’imprimeur, fait état de toutes les corrections que Charles a pris soin d’apporter.

 

 

 

Le BàT de Baudelaire pour les Fleurs du mal se retrouvait à la Bibliothèque nationale de France, préempté suite à une vente aux enchères qui s’est déroulée en 1998. Le manuscrit fut remporté pour 3,2 millions de francs – 488.000 €, peu ou prou. 

 

Juste avant de remettre sa validation à l’éditeur Poulet-Malassis, Charles a donc repris pied à pied, vers à vers, son ouvrage. Des épreuves corrigées minutieusement, où il fait également état de plusieurs réflexions personnelles sur l’orthographe – déplorant les modifications contemporaines – et fait preuve d’un talent de réactionnaire que l’on ne soupçonnerait pas, à tort.

 

Évidemment, tout cela n’est pas toujours du goût de l’éditeur, qui s’énerve du temps passé : « Mon cher Baudelaire, voilà 2 mois que nous sommes sur les Fleurs du mal pour en avoir imprimé cinq feuilles. »

 

Le livre connut une histoire judiciaire des plus fameuses, puisqu’accusé d’atteintes aux bonnes mœurs, en même temps que Madame Bovary de Flaubert. Mais si Gustave a pu s’en sortir, Charles vit son recueil caviardé. Au point qu’il écrit à sa mère en juillet 1887 : « On me refuse tout, l’esprit d’invention et même la connaissance de la langue française. Je me moque de tous ces imbéciles, et je sais que ce volume, avec ses qualités et ses défauts, fera son chemin dans la mémoire du public lettré, à côté des meilleures poésies de V. Hugo, de Th. Gautier et même de Byron. »

 

L’ouvrage réunit également les illustrations réalisées par Auguste Rodin, en 1887, pour l’édition originale qui fut publiée le 25 juin de cette année. 13 dessins insérés en fin d’ouvrage.

 

Mais, si Les Fleurs du mal resteront, c’est aussi pour cette subordination de la sensibilité à la vérité que Proust reconnaît à Baudelaire. Ainsi, ce n’est pas un hasard si Baudelaire brosse son autoportrait de poète maudit dans Bénédiction, deuxième poème du recueil. D’emblée il prévient son lecteur que le livre est moins un ouvrage élaboré que son journal intime dans lequel il a mis, dit-il, tout son cœur, toute sa tendresse, toute sa religion (travestie), toute sa haine.

 

Les accents aigus ou graves, et pire encore, les circonflexes, les virgules, les corrections de tout poil : Baudelaire ne laisse rien passer, jusqu’à réécrire les dernières strophes de Spleen, probablement le poème le plus connu des lycéens aujourd’hui. 

 

 

Une édition grand luxe, puisqu’il faudra compter 189 € pour un livre, certes illustré, mais bourré de biffures et corrections... Deux tirages sont en cours : le premier numéroté de 1 à 1000, dans un coffret bleu marine, le second sera de couleur ivoire, non numéroté.