Les Heures Petau, la splendeur créative à l’aube de la Renaissance

Béatrice Courau - 02.06.2018

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#CollectionsAristophil - Tours, vers 1495. Alors que les procédés d’imprimerie développés par Gutenberg commencent à fournir l’Europe en textes promis à une plus grande diffusion, Jean Poyer, enlumineur renommé de la région tourangelle, s’apprête à orner et réaliser le Livre d’Heures à l’usage de Rome, un chef d’oeuvre pour bibliophiles.

 


 

Pour ceux qui seraient peu au fait d’une pratique religieuse quotidienne et assidue telle qu’au 15eme siècle, battez votre coulpe : les offices, ou moments de prière, rythmaient les journées du matin jusques au soir. Les livres d’heures accompagnaient le pratiquant laïc, en lui offrant en plus des prières un calendrier pour suivre la succession des fêtes votives, des extraits des évangiles, des prières pour les défunts et autres textes.

 

C’est certainement l’un de ses clients et commanditaires connus à ce jour, membre du cercle royal, grand serviteur ou dignitaire proche du pouvoir religieux, qui commanda à Jean Poyer le luxueux Livre d’Heures à l’usage de Rome. Que ce soit Anne de Bretagne et ses deux époux royaux (Charles VIII et Louis XII), Guillaume Briçonnet, Jacques de Beaune, la famille Lallemant, l’un d’entre eux souhaitait sans aucun doute sanctifier par la pratique religieuse quotidienne une vie qui ne devait par ailleurs pas être un modèle de vertu. Le pouvoir et la richesse nuisent cruellement à la sainteté, du moins semble-t-il…



C’est un extraordinaire volume que réalisera Jean Poyer : enluminures et prouesses de mise en page témoignent d’un incroyable maîtrise autant que d’une originalité assumée.

C’est ainsi qu’il montera le volume de telle sorte que, au travers des pages évidées en leur centre, apparaitront 16 « médaillons en camaïeu d’or » ; chaque section liturgique ou chapitre est ainsi encadré par ces médaillons, d’un diamètre de 6,5 cm, qui restent visibles en tournant les pages. On peut noter l’étonnante et absolue modernité de la réalisation puisque les livres à système ne prendront réellement leur essor que cinq siècles plus tard, avec notamment des livres pour enfants.

 

 

 

Intégrées au sein d’un texte parfaitement calibré et calligraphié à l’encre brune, dont les initiales sont peintes en bleu ou rouge, les enluminures sont rehaussées de peinture blanche, rose chair, rouge, jaune et bleue. Ainsi, la lumière est figurée par des hachures en or verticales, tandis que la chair est rehaussée de rouge pour figurer les ombres. Jaune et bleu clair viennent modeler cheveux et barbes.

 

Mais pourquoi les heures Pétau alors que c’est le sieur Jean Poyer qui réalisa ce chef d’oeuvre?

 


 

Examinons le manuscrit sur parchemin de plus près : sur le feuillet du premier médaillon, figurant les quatre évangélistes, l’enluminure du XVIe siècle fut complétée au XVIIe siècle par un cartouche sur fond doré agrémenté de guirlandes de fleurs, de corbeilles de fruits et de drapés. Le médaillon est entouré par une couronne tressée comportant au-dessus un écu soutenu par deux putti contenant les armoiries de la famille Petau (NDLR : un putto est un angelot nu et ailé dans les représentations artistiques)

 

Et c’est ainsi que l’on apprend que le manuscrit – rappelons que nous ne connaissons pas le commanditaire de l’ouvrage – eut comme premier propriétaire un Pétau. Les Petau étaient de grands collectionneurs de livres et d'archives. Au vu des dates, il doit sans doute s'agir d'Alexandre Petau (1610-1672). Le manuscrit fut baptisé “Heures Petau” en l'honneur de ce premier propriétaire connu.
 

L'origine de la collection de Paul Petau, son père (1568-1614) se trouvait dans de fameuses bibliothèques du XVIe siècle dispersées à la mort de leurs propriétaires. Paul et Alexandre Petau ouvrirent largement leur bibliothèque aux savants et érudits du XVIIe siècle.

 

Les manuscrits de cette bibliothèque (appelés les Petaviani) furent acquis entre 1590 et 1659 (pour ceux dont la date d'acquisition est connue). Alexandre Petau en possédait plus de 1800 en 1650. Cette année-là, il en vendit près de 1500 à la reine Christine de Suède. La collection de la reine passa à sa mort à la Bibliothèque du Vatican, où se trouvent aujourd'hui une grande part des anciens volumes des Petau. Une autre partie finit par intégrer la Bibliothèque municipale de Genève au milieu du XVIII siècle.



 

Certains manuscrits furent acquis par des particuliers. C’est le cas des heures Pétau qui intégrèrent au milieu du XIXe siècle la collection du Baron James de Rothschild, qui fit relier le manuscrit à ses armes en 1856. De là, cette moderne reliure « à la fanfare », en maroquin, aux armes, en son centre, de la famille Rothschild, portant leur devise «Concordia-Industria-Integritas»

 

Cet extraordinaire manuscrit, faisant actuellement partie des collections Aristophil, sera prochainement mis en vente à Drouot. Il est estimé entre 700.000 et 900.000 €.

Crédits photos : Aguttes




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