Les langues menacées trouvent une nouvelle vie sur le web

Marie Lebert - 30.07.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - langues menacées - internet langues sauver - gaélique internet


Les langues menacées sont bien présentes sur le web, grâce au patient travail de leurs linguistes et grâce au soutien de leur propre communauté linguistique. Les projets débutent souvent par une rencontre virtuelle sur Facebook ou Twitter.



© Michael Bauer


 

Selon l’Atlas de l’UNESCO sur les langues en danger : « Une langue est en péril lorsque ses locuteurs cessent de l’utiliser, réservent son usage à des domaines de plus en plus restreints, emploient un moins grand nombre de registres ou de styles de parole, et/ou arrêtent de la transmettre à la génération suivante. Aucun facteur ne détermine à lui seul si une langue est en danger. »
 

Neuf critères


Selon les experts de l’UNESCO, il importe de considérer les neuf critères suivants : (1) la transmission de la langue d’une génération à l’autre, (2) le nombre absolu de locuteurs, (3) le taux de locuteurs par rapport à l’ensemble de la population, (4) l’utilisation de la langue dans les différents lieux publics et privés, (5) la réactivité d’une langue face aux nouveaux sujets d’intérêt et face aux médias, (6) l’existence de matériel d’apprentissage et d’enseignement de la langue, (7) les attitudes et politiques linguistiques du gouvernement et des institutions, y compris l’usage officiel et le statut officiel de la langue, (8) les attitudes des membres de la communauté concernée vis-à-vis de leur propre langue, (9) le type et la qualité de la documentation disponible dans cette langue.
 

Les facteurs de disparition d’une langue


Selon les mêmes experts : « Une langue disparaît lorsqu’elle n’a plus de locuteurs ou que ceux-ci se mettent à parler une autre langue — en général, une langue de plus grande importance utilisée par un groupe plus puissant. Les langues sont menacées par des forces externes telles qu’une domination militaire, économique, religieuse, culturelle ou éducative, ou par des forces internes comme l’attitude négative d’une population à l’égard de sa propre langue.
 

Les robots déchiffrent les langues oubliées


Aujourd’hui, les migrations accrues et l’urbanisation rapide s’accompagnent souvent de la perte des modes de vie traditionnels et d’une forte pression en faveur de l’utilisation d’une langue dominante qui est nécessaire — ou perçue comme telle — à une vraie participation totale à la vie civique et au progrès économique. »
 

Six niveaux de vitalité


Le « Rapport de l’UNESCO sur la vitalité et le danger de disparition des langues » établit six niveaux de vitalité pour une langue : sûre, vulnérable, en danger, sérieusement en danger, en situation critique, éteinte.

(1) « Sûre » signifie que la langue est parlée par toutes les générations et que la transmission intergénérationnelle est ininterrompue. Les langues concernées ne sont donc pas incluses dans l’atlas.

(2) « Vulnérable » signifie que la plupart des enfants parlent la langue, mais qu’elle est restreinte à certains lieux, par exemple la maison.

(3) « En danger » signifie que les enfants n’apprennent plus la langue comme langue maternelle à la maison.

(4) « Sérieusement en danger » signifie que la langue est parlée par les grands-parents. Si la génération des parents peut la comprendre, les parents ne la parlent pas entre eux ou avec leurs enfants.

(5) « En situation critique » signifie que les locuteurs les plus jeunes sont les grands-parents et leurs ascendants, et qu’ils ne parlent la langue que partiellement et peu fréquemment.

(6) « Éteinte » signifie qu’il n’y a plus de locuteurs. L’atlas de l’UNESCO inclut les langues éteintes depuis les années 1950.


tire langue
Filippo Minini, CC BY 2.0
 

 

L’exemple du gaélique écossais


L’atlas de l’UNESCO considère par exemple le gaélique écossais comme une langue « sérieusement en danger ». D’après le recensement de 2011, moins de 60.000 personnes parlent le gaélique, soit un peu plus de 1 % de la population de l’Écosse, et 92.000 personnes comprennent la langue.

Ces chiffres sont très inférieurs à ceux du recensement de 1901, qui comptabilisaient 200.000 personnes parlant le gaélique, soit 4,5 % de la population.
 

Mais le gaélique est bien présent sur le web. Opera est le premier navigateur web offrant une interface en gaélique, en 2001, suivi de Firefox (Mozilla) et de Google Chrome, grâce au patient travail de Michael Bauer, traducteur indépendant, sur son temps libre, avec l’aide de sa collègue connue en ligne sous le nom GunChleoc (« une femme » en gaélique écossais).
 

Michael Bauer et GunChleoc sont aussi les auteurs des versions gaéliques de Thunderbird (messagerie de Mozilla), Lightning (calendrier de Mozilla), OpenOffice, LibreOffice, auxquels s’ajoutent les versions gaéliques du VLC media player, du jeu Freeciv (version open source du jeu Civilisation) et de Accentuate.us (logiciel permettant d’insérer automatiquement les accents).
 

Michael Bauer est également l’auteur (avec Kevin Scannell) du correcteur d’orthographe An Dearbhair Beag. Et le gaélique écossais est présent sur Indigenous Tweets et Indigenous Blogs, les deux sites créés en 2011 Kevin Scannell, un informaticien américain, sur son temps libre. Ces deux sites permettent à ceux qui parlent une langue minoritaire ou autochtone de voir qui tweete ou blogue dans leur langue, afin de les rejoindre et d’unir leurs forces pour renforcer la présence de leur communauté linguistique sur le web.

 

De nombreux projets


Et les projets ne manquent pas. D’après Michael Bauer, une archive en ligne serait très utile pour tous les projets de localisation, avec une mémoire de traduction commune, ce qui éviterait de devoir retraduire indéfiniment les mêmes termes et segments de phrase. Si les traductions de logiciels pouvaient être faites à partir d’une archive en ligne commune, par exemple un genre de méta-Pootle (serveur pour les projets communs de localisation), tout le monde en serait bénéficiaire, non seulement pour le gaélique, mais pour l’ensemble des langues minoritaires.


Source :

La saga du web multilingue




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