Les manuels numériques, des mouchards anti-cancres

Antoine Oury - 12.04.2013

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - CourseSmart - espionnage - usage numérique des étudiants


CourseSmart est l'un de ces acteurs numériques qui tentent de promouvoir ce format pour l'éducation et les ressources pédagogiques, au travers de manuels vendus souvent 60 % moins cher que les versions papier. Bref, une initiative qui inspire de la sympathie aux États-Unis au vu du montant de la dette étudiante... Et pourtant : le site s'est transformé en véritable centre d'espionnage pour professeur.

 

 

I love Big Brother

Plus de répit pour les cancres, marcn, CC BY 2.0

 

 

CourseSmart, plateforme pourvoyeuse d'e-manuels, s'est dotée depuis novembre 2012 d'un outil d'analyse fonctionnant à partir des datas des utilisateurs, mis à disposition des établissements et des responsables scolaires ou universitaires via le portail de la structure. Pages tournées, passages surlignés, annotations... C'est pratiquement tout le livre, mais aussi la façon dont l'étudiant le manipule, qui s'expose sous les yeux du professeur.

 

« C'est une sorte de Big Brother, mais avec une bonne intention derrière » souligne même Tracy Hurley, doyenne d'une école de commerce. Pour les professeurs, l'occasion de jouer un bon tour à leurs élèves les plus dissidents (« Comment avez-vous pu apprendre votre leçon en ouvrant le manuel qu'une seule fois, le soir avant le contrôle ? » rapporte ainsi un professeur), mais des questions soulevées sur la protection de la vie privée...

 

Ainsi, un étudiant âgé de 43 ans s'est fait « attraper » par son professeur pour n'avoir révisé qu'une fois : qu'il ait 3 enfants et 2 boulots n'a pas été relevé par le robot collecteur de données... Par ailleurs, les datas pourront revenir à Pearson, Cengage Learning, McGraw-Hill Education, Bedford, Freeman & Worth Publishing Group (Macmillan) et John Wiley & Sons, les éditeurs à l'origine de CourseSmart, pour optimiser les manuels scolaires à venir.

 

Une telle utilisation des données laisse imaginer toutes sortes de dérives : des horaires de révisions bien précis, une surveillance des lectures, et pourquoi pas, l'apparition d'un message sur Facebook pour afficher le dilettantisme de tel ou tel cancre...

 

Quand la technologie prend le pas sur la pédagogie.