Les manuels scolaires gratuits tout aussi efficaces que ceux payants...

Victor De Sepausy - 29.05.2017

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Le débat s’envenimera entre les défenseurs d’un libre partage des savoirs et les partisans d’une culture payante. Wikipedia fut, et restera des années encore, au centre de ce débat, souvent stérile : les contenus gratuits sont-ils pertinents et fiables, ou du moins tiennent-ils la comparaison avec les documents payants ?


Printing the past: 3-D archaeology and the first Americans
BLMoregon, CC BY 2.0
 

Un groupe d’enseignants de l’université de Brigham Young s’est penché sur la question, non de l’encyclopédie en ligne, mais des ressources universitaires gratuites. Est-il possible de substituer l’usage de ces dernières aux manuels scolaires traditionnels ? La conclusion fera frémir : nul besoin de dépenser de folles sommes pour apprendre.

Certes, le coût des études supérieures aux États-Unis est particulièrement élevé, mais pour John Hilton, enseignant dans le département Religion de la BYU, il existe des alternatives. Au début de chaque semestre, les élèves doivent en effet acheter des manuels scolaires, pour des sommes tournant autour d’une centaine de dollars. Durant ses études, Hilton avait trouvé l’astuce : il attendait avant d’acheter, de voir si l’enseignant recourait au livre, avant de se le procurer.

Aujourd’hui, d’autres alternatives existent : lorsque l’on se retrouve avec un loyer à payer et près de 1000 $ de livres à acheter, le choix est souvent vite fait. D’autant que les étudiants semblent manquer d’argent pour avoir un choix à faire : le recours à des ressources numériques gratuites devient plus intéressant. Et surtout, tout aussi efficace, en termes pédagogiques.

En découvrant le groupe Open Education, qu’il a monté avec deux autres enseignants de l’université, son intention était de privilégier l’accès aux documents fiables, tout en épargnant les comptes des étudiants. « Si l’on peut leur permettre d’économiser 1000 $ par semestre, et qu’ils peuvent arriver aux mêmes résultats scolaires, nous devons nous demander quelle est la valeur ajoutée de ces 1000 $ dépensés », s’interroge John Hilton. 

Évidemment, la production des contenus nécessite que des enseignants passent du temps et fassent l’effort de produire. Une implication que tout le monde n’est pas disposé à fournir, mais dans le cadre de l’université BYU, cet engagement relève aussi d’une certaine éthique. « Nous avons les étudiants les plus pauvres en ressources qui cherchent à obtenir une formation », note Lane Fischer, autre enseignante prenant part au groupe Open Education.

Privilégier la constitution d'une banque de données et de ressources universitaires offre ainsi à chacun la possibilité de réussir son cursus. Le tout en remplaçant habilement des manuels scolaires coûteux. Et le groupe a manifestement démontré son intérêt, certes économique, mais surtout scolaire, assurent les trois initiateurs de ce projet. 
 

L’éducation américaine unie contre la contrefaçon des manuels scolaires 


En effet, les résultats des étudiants qui recourent à ces contenus semblent tout aussi bons qu’avec l’utilisation de manuels classiques. Mais surtout, un regain d’envie et une certaine stimulation ressortent de cette pratique. D’ailleurs, 91 % de l’université serait disposée à se servir de ressources libres pour les cours : si aujourd’hui certains enseignants ne les utilisent pas, c’est avant tout parce qu’ils ne connaissent pas ce modèle. 

Évidemment, ce type d’approche ne plaira pas du tout aux éditeurs scolaires – en tout premier lieu Pearson, le leader mondial du secteur. Pour diversifier son modèle économique, la maison avait mis en place dernière un système de location d’ouvrage en papier ou numérique. Une solution pour éviter la déperdition des ventes. Mais qui ne s'accommodera pas d'une offre gratuite...