Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les manuels scolaires largement piratés, la faute à la rentrée ?

Nicolas Gary - 18.07.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - contrefaçon numérique - manuels scolaires - recrudescence


Double fait assez intéressant, autour de la contrefaçon numérique. La première étude provient de Spotify, qui s'est intéressé aux concerts et aux festivals musicaux, découvrant que ces derniers provoquent des pics dans le piratage d'oeuvres. En revanche, la vente numérique ou streaming ne bénéficierait pas le moins du monde de ces manifestations culturelles. De fait, les festivaliers se dirigeraient principalement vers les canaux illégaux, après la découverte d'une performance de l'artiste.

 

 

scholar books

Jedimenta44, CC BY 2.0

 

 

Que la demande augmente après une manifestation musicale, voilà qui peut tomber sous le sens : après tout, on a passé un bon moment, et l'on souhaite prolonger le plaisir en écoutant les versions studio. Évidemment, moins de charme et d'ambiance, mais cela permet de faire perdurer le plaisir. Or, c'est principalement par les réseaux Torrent que les internautes s'alimentent alors en musique contrefaite - et parallèlement, l'étude montre que les artistes ne se font pas du tout cannibaliser par les services de streaming, une critique récurrente.

 

Dans la même thématique de la contrefaçon, voici qu'une étude de la Book Industry Study Group, présente des données constatant une recrudescence du piratage de manuels scolaires par les étudiants. Et parallèlement, l'adoption de manuels scolaires numériques, en dépit du piratage, serait en recul. Il est connu que les manuels estudiantins sont particulièrement onéreux outre-Atlantique, et l'offre numérique elle-même continue de se structurer, sans pour autant rompre avec cette tradition hors de prix.

 

La BISG montre alors que 

  • 34 % des répondants ont téléchargé des manuels depuis des sites illégaux
  • seuls 20 % l'avaient fait en 2010
  • dans l'offre illégale, les manuels photocopiés ou scannés appartenant à d'autres étudiants, a augmenté de 31 % - contre 20 % en 2010

 

« Il est important de suivre ces comportements, surtout quand ils coïncident avec d'autres données montrant un déclin, chez les étudiants, dans l'achat des ouvrages scolaires », explique Len Vlahos, directeur exécutif du BISG. 

 

En moyenne, on constate que le prix moyen pour les livres est de 110 $ en papier, contre 58 $ en numérique - soit une légère baisse par rapport aux prix de 2010, de 118 $ et 65 $. Mais pour les étudiants et les enseignants, le juste prix se situerait plutôt autour de 74 $ pour le papier et 40 $ pour le numérique. Une diminution par rapport à 2010, qui fixait à respectivement 79 $ et 48 $. 

 

Pour revenir à cette étude de Spotify sur la musique, il serait également intéressant de déterminer si le piratage de livres intervient plus spécifiquement encore lors de la rentrée des classes, ou si la demande est constante. Par extension, on pourrait tenter de mesurer l'influence des rencontres en librairies sur les ventes d'ebooks - ainsi que les recherches sur les réseaux pirates. 

 

Pour rester dans les données de l'étude du BISG, notons que le taux d'adoption des manuels numériques est donc en recul net : avec 30 % en février 2012, contre 16 % en juin 2013, la situation commencerait presque à inquiéter les éditeurs. Mais le piratage de manuels scolaires numériques ne semble pas simplement répondre à une volonté stricte de recourir à la contrefaçon : en dépit des baisses minimes de prix, les étudiants avouent qu'ils n'ont pas simplement les moyens de se les procurer. 

 

Les cours en ligne, d'accord... mais moins chers

 

Du côté de la pratique des cours en ligne, Massive Open Online Courses (MOOCs), l'enquête du BISG montre que les étudiants sont encore peu familiers de ces offres, puisque seuls 15 % s'en servent. Pour 56 % d'entre eux, c'est la curiosité qui les a poussés à s'inscrire et à explorer l'offre. Toutefois, notons que pour ceux qui se sont inscrits 80 % d'entre eux ont achevé leur cursus et 20 % ont obtenu des crédits universitaires. 

 

Reste que 68 % des répondants auraient plus volontiers recours aux MOOCs si ces derniers leur permettaient de faire diminuer les frais d'inscription à l'université, dans le cadre de leur scolarité.

 

« Examiner les comportements de l'utilisateur final et du créateur devient bien plus important, parce que la synthèse des activités de ces deux groupes dévoile des changements réels du marché. C'est un secteur de plus en plus complexe à prévoir et appréhender » assure Jo Henry, directeur de Bowker, cabinet d'analyse et d'étude de marché.

 

L'argent, en matière d'éducation outre-Atlantique, reste le nerf de la guerre. En juin dernier, une étude montrait que le taux d'adoption, tant chez les élèves que les enseignants était assez faiblard. D'ailleurs, alors que les éditeurs semblent porter l'accent, outre-Atlantique, de plus en plus sur la conception de manuels scolaires numériques, seuls 3 % des étudiants en ont utilisé un au cours du dernier trimestre. Cela représente une diminution de 4 % par rapport au dernier trimestre de l'année 2012. La grande majorité d'entre eux préfère encore l'imprimé, note-t-on.