Les manuscrits cachés du Monastère de Sainte Catherine du Sinaï

Clément Solym - 17.12.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Palimpseste - Manuscrit - Mont Sinaï


Les moines orthodoxes du monastère de Sainte Catherine, situé au pied du mont Sinaï en Égypte, ont constitué au fil du temps l'une des plus grandes collections de manuscrits médiévaux, derrière celle de la bibliothèque du Vatican. Mais au-dela des 3.300 ouvrages anciens officiellement conservés, s'en cachent bien d'autres. Du fait de l'usage moyenâgeux du palimpseste qui consistait à réécrire de nouveaux textes, sur d'anciens, afin de pallier à la rareté du parchemin. Et voilà que les techniques modernes pourraient désormais permettre de redécouvrir les écrits originaux recouverts depuis des siècles.

 

 

 

 

Une des plus anciennes bibliothèques actives au monde

 

À l'époque médiévale, le mont Sinaï n'était pas qu'un simple coin perdu dans le désert. Le mont, sur lequel la légende veut que Moïse ait aperçu Dieu dans un buisson en flammes, était un important lieu de pèlerinage au sein du monde chrétien. 

 

Depuis le 4e siècle déjà, des moines vivaient dans la région. Et c'est au cours du 6e, autour de l'an 550, que l'empereur Justinien ordonna la construction du monastère. Sa bibliothèque fait désormais partie des plus anciennes encore en activité, de par le monde, et recèle des manuscrits dans de nombreuses langues et parfois disparues.

 

Or, entre les 7e et 9e siècles, l'usage des palimpsestes était courant, autant que le procédé de fabrication de parchemin neuf était complexe. Et la bibliothèque du monastère en recèlerait aujourd'hui non moins de 130 parmi sa collection de manuscrits anciens.

 

 

Un projet de sauvegarde des biens culturels anciens

 

Mais revenons au 21e siècle, tandis que le père Justin, bibliothécaire, ambitionne de numériser les collections de manuscrits, palimpsestes y compris, afin de les rendre accessibles aux chercheurs du monde entier.

 

L'héritière de Tetra Pak, Lisbet Rausing, a mis sur pied une organisation caritative britannique et baptisée Arcadia, et celle-ci a décidé de financer l'opération à hauteur de 21 millions £.

 

Ainsi, Michael Phelps, président de l'Early Manuscripts Electronic Library de Los Angeles, accompagnera sur place dix scientifiques basés aux États-Unis. Ils seront épaulés par une équipe technique, et ont déjà fait leurs premiers séjours préparatoires, en attendant le véritable début de leur mission prévu pour 2013.

 

Pour redécouvrir les textes effacés sous les palimpsestes, l'équipe devra mettre à profit des techniques modernes d'imagerie spectrale, à différentes longueurs d'onde. Les derniers résidus des écrits originaux, comme d'éventuelles traces de pigments ou d'enfoncement, seront ensuite mises en reliefs à renfort d'algorithmes et par divers jeux de couleurs.