Les manuscrits médiévaux sur les étagères virtuelles du CNRS

Antoine Oury - 03.04.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - manuscrits médiévaux - CNRS - Institut de recherche


Les bibliothèques virtuelles sont peut-être devenues communes dans le monde de la recherche, mais, pour les documents anciens ou incunables (imprimés entre 1450 et 1500), de telles initiatives sont une question de survie. En mettant en place la Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux (BVMM), l'Institut de recherche et d'histoire des textes du CNRS garantit leur pérennité en même temps qu'un accès facilité.

 

 

 

 

Un millier de manuscrits en couleurs, 600 en noir et blanc et un peu plus de 4000 décors, qui ornent ces documents parfois vieux de plus de 5 siècles : les e-tagères de la bibliothèque numérique sont déjà bien garnies. L'Institut de recherche et d'histoire des textes, avec le soutien du Ministère de la Culture et du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, s'est approché des bibliothèques de France pour numériser leurs fonds propres de manuscrits médiévaux.

 

« Les documents, la plupart du temps, ne peuvent pas être déplacés, et l'IRHT envoie un agent dans les bibliothèques détentrices de manuscrits », explique Véronique Trémault, chargée de mission auprès de ces mêmes établissements par l'IRHT. À la Révolution, la plupart des documents médiévaux, conservés par les institutions ecclésiastiques, se sont retrouvés à la Bibliothèque nationale de France. « Mais la totalité des fonds de chaque bibliothèque correspond encore à celui de la BnF, en volume », souligne encore Véronique Trémault.

 

Ce tour de France n'exclut donc aucun établissement, à l'exception de la BnF qui met en ligne son fond sur le portail bien connu Gallica. Au niveau européen, c'est Europeana Regia qui endosse le rôle : autant dire que les portails se multiplient, avec le risque de perdre l'utilisateur. « Bien évidemment, un portail commun serait le rêve », explique Trémault. « Mais il faut des identifiants ARK pour une identification pérenne, des permaliens... Tout cela se met en place depuis les débuts en 2006. » Le Cines (Centre Informatique National de l'enseignement supérieur) travaille à cette harmonisation.

 

Harmonisation ralentie par des problèmes de droits : si les manuscrits sont bien évidemment dans le domaine public, il faut avoir l'autorisation pour diffuser les numérisations. « Ces documents très anciens, qu'il a fallu conserver et entretenir, représentent souvent un trésor pour les établissements, avec la crainte que la numérisation ne mène à la désertion. Mais on sait très bien qu'un chercheur ne pourra de toute façon pas se passer d'une étude du document original », termine Véronique Trémault.

 

Mais l'accès aux ressources est facilité, avec la promesse que ces archives du monde bénéficient d'un peu plus de visibilité sur le Web qu'au fond d'un placard local, ou même privé puisque certains donateurs ont bénéficié d'une numérisation des documents à domicile. La Staatsbibliothek de Berlin a bien compris l'enjeu d'une dissémination des documents, en fournissant plus de 200 titres numérisés à la BVMM : les établissements étrangers ont une longueur d'avance sur leurs homologues français, notamment au niveau des droits d'utilisations (pour ceux de la BVMM, il faut citer la source et ne pas faire d'usages commerciaux des images).

 

Autant de limitations ou de timidité qui disparaîtront avec les années d'usage, assure la chargée de mission auprès des bibliothèques.