Les oeuvres du domaine public : exemple à ne pas suivre, avec la BnF

Nicolas Gary - 16.12.2015

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Collection BnF - ebooks Apple - numérisation domaine public


Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour que les premières critiques pleuvent. La Collection XIX, proposée en exclusivité par la BnF dans la boutique d’Apple, iBooks, repose sur des titres du XIXe siècle, tirés du domaine public. Une dizaine de titres est proposée gratuitement, quand l’ensemble des 100 titres est vendu pour 0,99 € pièce. 

 

On peut aussi apprendre à mieux traiter le patrimoine...

 

 

À la fin de la campagne de promotion, les ouvrages seront vendus pour 1,49 €, comme l’explique la BnF, qui indique que la période d’exclusivité est fixée à 1 an. Apple sera donc l’unique revendeur des fichiers, et au 15 décembre 2016, les autres libraires seront habilités à les commercialiser. En décembre 2022, les fichiers seront enfin gratuitement disponibles... ce qui prolonge légèrement la durée d’entrée dans le domaine public. 

 

Mais on propose une offre gratuite, il importe avant toute chose de bien sélectionner ses ouvrages, de peur d’obtenir l’effet inverse. 

 

Prenons donc pour exemple le livre de Camille Flammarion, La fin du monde. Comme pour tous les ouvrages, un petit laïus présente le projet de numérisation, et insiste sur le fait que les différents ouvrages ont été édités « dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe ».

 

Certes, l’édition consiste avant tout à effectuer une numérisation et une relecture des œuvres – seule la couverture est renouvelée. 

 

Dans le livre en question, un œil alerte verra rapidement qu’il y a un sérieux souci : « Les deux premières illustrations sont lamentables... une numérisation en noir et blanc de base de la BnF, reprise tel que dans l’EPUB », déplore un spécialiste. Et en effet, on peut se poser quelques questions. 

 

« Et toutes les illustrations sont pareilles. Aucun éditeur n’aurait osé faire cela et gâcher ainsi l’œuvre originale. Il suffisait de les enlever et mettre juste le texte », poursuit-il. « Toute la question est de savoir pourquoi avoir mis en avant le format EPUB 3 pour aboutir à un résultat, après numérisation, qui est si moche », explique-t-on. 

 

Ayant tenté de transférer les différents fichiers téléchargés gratuitement depuis la boutique d’Apple, nous ne sommes par ailleurs pas parvenus à les ouvrir avec d’autres appareils ni applications. Il y a donc tout à parier que les fichiers sont truffés aux verrous Apple – à confirmer.

 

Soulignons que dans un précédent article, ActuaLitté avait interrogé les qualités de la numérisation pratiquée. La société Numen, partenaire du projet patrimonial, aux côtés de Proquest, s’était émue de notre article, et invoquait alors un droit de réponse.

 

« [L]es protocoles de numérisation mis en œuvre sont strictement conformes aux exigences émises par la BnF, au même titre que sur les autres marchés de collections précieuses ou spécialisées. Ces règles ont été établies, validées et contrôlées par les personnels experts de la BnF afin d’assurer une exigence de qualité de production au moins équivalente (sinon supérieure sur certains points) aux autres marchés en cours traitant les collections les plus prestigieuses. »

 

Le fait est qu'ici, c'est Apple qui numérise, et en contrepartie, réclame une année d'exclusivité sur l'exploitation. Difficile à avaler pour les libraires numériques, dans tous les cas.

 

Nous avons collecté quelques exemples édifiants – au point que l’on soit parfois confronté à une image illisible...