Les services d'archives se mobilisent pour la mémoire de la crise sanitaire

Antoine Oury - 26.05.2020

Patrimoine et éducation - Patrimoine - archives collecte - collecte informations covid - crise sanitaire historique


La crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus n'est pas encore derrière nous, même si la période de confinement s'est terminée au début du mois de mai. Depuis plusieurs semaines, les services d'archives de la France entière se mobilisent pour collecter, classer et conserver témoignages et documents sur cette période exceptionnelle de l'histoire nationale.

Archives municipales de Quimperlé


Conserver et protéger la mémoire du Covid : si le coronavirus semble un peu trop présent à l'esprit et au quotidien, pour de nombreux Français, les services d'archives de la France entière se mobilisent depuis plusieurs semaines pour collecter et protéger des millions de documents, porteurs des émotions et des réflexions des citoyens pendant cette période hors du commun.

Dès le 18 mars, les Archives départementales des Vosges ont ouvert le bal avec un hashtag, #memoiredeconfinement, et une invitation à envoyer « vos témoignages, récits, photos [...] ou vidéos », avec la promesse de les conserver « pour l'éternité ». Il faudra encore la tenir, mais de nombreux services d'archives leur ont emboîté le pas, pour inviter les citoyens concernés à laisser une trace de leur vécu du confinement et plus largement de la crise sanitaire.
 


« Nous avons décidé de faire cette collecte maintenant, car le témoignage immédiat a une valeur que le témoignage d’après-coup n’a pas. Quand une personne parle d’un événement passé, elle a tendance à le fantasmer et à y raccrocher ses sentiments actuels. La mémoire fait aussi son travail », indiquait alors François Petrazzoler, chef de service aux Archives départementales des Vosges, à France 24.

À Saint-Étienne, les archives municipales ont elles aussi lancé un appel aux témoignages des citoyens : « Deux ou trois jours après le début du confinement, j'ai sollicité la direction de la communication de la ville pour la commande d'un reportage photo dans les rues de la ville, réalisé par un photographe professionnel », indique Cyril Longin, directeur des archives municipales. « Je me suis dit qu'il serait bien d'aller plus loin pour documenter le confinement, et l'appel a été passé quelques jours plus tard. »
 

Une multiplication d'initiatives


Comme celui de Saint-Étienne, des dizaines d'autres services d'archives ont suivi, qu'ils soient municipaux ou départementaux, pour se joindre à une collecte très large, ouverte à tous (la plateforme France Archives en recense une grande partie). Françoise Banat-Berger, directrice du Service interministériel des archives de France (SIAF), envoie même un message aux différents services pour les inviter à participer à cette large collecte.

Des initiatives un peu plus spécialisées se sont organisées, comme celle des Archives nationales du monde du travail qui, comme leur nom l'indique, se sont intéressées plus spécialement au vécu des travailleurs et télétravailleurs pendant la période.
 


Les contributions reçues suite aux appels sont bien sûr très hétérogènes, la plupart des services n'ayant pas imposé de forme particulière. « Je ne voulais pas d'a priori sur le fond comme sur la forme : chacun peut s'exprimer selon sa sensibilité, ses moyens, les formes voulues », souligne Cyril Longin. Textes courts, poèmes, photos, vidéos, dessins, bandes dessinées, et « à 80 % en numérique, que nous avons stocké de manière sécurisée sur des serveurs ».

Les archives municipales de Saint-Étienne ont aussi sollicité plus directement certains acteurs, notamment les Ehpad, les centres sociaux et les maisons associatives. En Seine-Saint-Denis, les collégiens ont très rapidement été sollicités pour verser leur témoignage aux Archives départementales, sur une idée de Nardissa Meftahi, professeure de français, avec l'appui d'Agnès Da Costa, la cheffe du service du traitement des fonds des archives départementales de Seine-Saint-Denis. « [L]es collèges comptent parmi les compétences du Département, cela a donc du sens pour nous de collecter leurs productions. Ensuite, cela nous permet de parler de l’intérêt des archives aux collégiens. Enfin, nous trouvons qu’il est passionnant de recueillir les productions de jeunes qui entrent dans la vie avec cette crise. Le monde de demain, c’est le leur », indique cette dernière.
 

L'aspect inédit de l'immédiateté


Au sein de la plupart des services, une collecte aussi rapide et spontanée n'est pas une habitude, les archives s'inscrivant plutôt dans un temps long, a posteriori des événements. « Ici, à Saint-Étienne, nous avions déjà une expérience dans ce domaine, puisqu'après les attentats de 2015 à Charlie Hebdo, comme à Toulouse et Rennes, nous avions fait une collecte rapide de témoignages recueillis dans l'espace public », rappelle Cyril Longin.

Cette fois, la collecte diffère par son côté immédiat, et par l'incitation du service d'archives à participer : « L'annonce de cette collecte peut donner l'idée de témoigner, ou alors cette volonté s'est manifestée plus tôt, on ne le saura jamais », remarque le directeur des archives municipales de Saint-Étienne. Une quarantaine de contributions ont été reçues, et la collecte se déroule jusqu'au mois de septembre prochain.
 
L'usage qui sera fait de ces archives n'est pas encore précisément connu : « On ne sait pas ce que pourront en faire des universitaires dans plusieurs années. Pour notre part, on ne s'interdit pas de les valoriser dans un avenir proche, par exemple avec une exposition sur internet, une lecture à voix haute ou d'autres projets », termine Cyril Longin.

Cette collecte des informations et témoignages sur la Covid ne s'effectue pas uniquement auprès des personnes physiques : la Bibliothèque nationale de France, et en particulier son service du dépôt légal consacré au web, travaille depuis le mois de mars pour participer à un vaste projet d'archive mené par le consortium international pour la préservation d'Internet. Celui-ci ne recense que les pages web évoquant le virus, dans différentes langues, ce qui laisse imaginer la somme de travail...

Photographie : Les archives municipales de Quimperlé (illustration), mediathequequimperle, CC BY 2.0


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