Les universités ne relâchent pas la pression sur Elsevier

Clément Solym - 10.09.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Elsevier - revues scientifiques - boycott


L'un des plus grands éditeurs de revues scientifiques et, plus largement, universitaires, fait toujours l'objet d'un boycott massif. La raison est simple : « Elsevier s'appuie sur un modèle économique dans lequel les universitaires font presque tout le travail gratuitement » résume le Dr. en philosophie Rachel Barney. L'éditeur fait des pieds et des mains pour convaincre de sa bonne foi, mais se refuse à changer sa ligne de conduite.

 

 

Inflation des dépenses pour l'achat de revues universitaires entre 1986 et 2009

 

 

Pour desserrer l'étreinte d'un boycott lancé en janvier 2012 visant à atteindre en quelques semaines 12.000 universitaires, Elsevier avait fait marche arrière sur le Research Work Act, qui restreignait considérablement le libre accès aux publications financées par l'État américain. (voir notre actualitté) Depuis, la maison d'édition multiplie les gestes, comme un programme sur l'éthique de la recherche ou la mise en place du système de Trillium Software pour assurer la fiabilité des informations relayées aux 30 millions d'interlocuteurs d'Elsevier, présent dans 24 pays.

 

Mais, sur le fond, la position du leader mondial n'a pas bougé d'un iota. Et personne n'a oublié son soutien aux lois SIPA et PIPA, jugées liberticides pour les citoyens et les internautes. Et ce comportement de lobbyiste de la publication scientifique ne fait pas rire les établissements universitaires : « Ils font des packs de 5 ou 10 [NdR : revues universitaires] pour que si vous n'en voulez qu'une, vous achetiez quand même tout le lot », explique Julie Hannaford, bibliothécaire en sciences sociales et humaines à l'Université de Toronto.

 

Le boycott aurait pu s'épuiser en quelques mois, face à un tel leader de la publication scientifique : le podium des trois premières maisons du secteur couvre à lui seul 42 % de la production actuelle. Mais les bibliothécaires - et comptables - des universités n'ont pas été les seuls choqués par la politique d'Elsevier : « Quand je publie quelque chose, c'est parce que je pense que ça vaut le coup d'être partagé. Je veux que toute personne qui veut lire mon travail puisse le lire » explique Steve Easterbrook. Ce professeur en science informatique publie désormais son travail sur son site personnel, sous licence Creative Commons.

 

Car beaucoup voient Elsevier comme un intermédiaire qui fait payer les établissements publics pour les résultats de recherches... financées par l'argent public. Et les revues universitaires en accès libre se retrouvent à pâtir de leur statut, qui leur interdit généralement l'accès au référencement officiel. La Commission européenne a toutefois annoncé que la gratuité des résultats de la recherche était un objectif pour la période 2014-2020, du moins pour les recherches qu'elle aura financées à plus de 100 milliards $, un objectif que le SNE prend avec des pincettes depuis la France.

 

Et pour les autres, on compte sur Elsevier ?