Les xylothèques : ranger les arbres sur des étagères

Louis Mallié - 20.08.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Xylothèque - Collection - Allemagne


Que sont les xylothèques ? Le terme peut paraître obscur, mais il suffit de se référer à son étymologie pour avoir une idée de ce qu'il peut signifier : il vient du grec xylon, « bois », et de thêkê « armoire, caisse ». Aussi la xylothèque désigne-t-elle une collection de bois, référencés de la même manière que des livres… Une bibliothèque à bois en somme. 

 

 

 Xylothèque de l'abbaye de Lilienfeld en Autriche

Haeferl, CC BY-SA 3.0 

 

Des livres de bois contenant des échantillons de bois… Si les herbiers existent depuis le Moyen-Âge, les xylothèques ont vu leur apparition seulement au cours du XVIIe siècle, doublée d'une rapide popularité pour la curiosité qu'elles représentaient. Peu à peu, les collections s'élargissent, et on compte plusieurs centaines de « volumes ». 

 

Particulièrement prisées dans la culture germanique, on les nomme alors, pour leur première mention dans la Deutsche Encyclopädie de 1790, « Holz-Cabinet ». On dénombre, parmi les plus notables, la célèbre collection de Heinrich Linck à Leipzig (constituée en 1670), celle d'Albertus Seba à Amsterdam (1710), ou encore celle rassemblée par Christian Clodius à Zwickau en 1729.

 

Le sommet de leur popularité est atteint aux XVIII et XIXe siècles, en faisant un noble divertissement  - celle de Christian Clodius étant d'ailleurs réalisée pour le cabinet de curiosités d'Auguste II de Pologne. Les « ouvrages » sont alors constitués à partir d'échantillons de bois, leurs tranches étant faites à partir d'un morceau d'écorce de l'arbre en question, et décorées à l'aide de différentes mousses et lichens.

 

 

Xylothèque du naturaliste allemand Carl Schildbach (1730-1817)

 David Gómez Fontanills, CC BY-SA 3.0

 

 

S'ouvrant comme des livres, on trouve alors à l'intérieur feuilles, fleurs, et semis. Le tout est complété par une inscription étiquetée sur la tranche, renseignant sur la variété biologique de l'arbre concerné, ainsi que sur son usage courant. C'est aujourd'hui au sein de la bibliothèque de l'Université suédoise des sciences de l'agriculture d'Alnarp qu'on peut trouver quelques-uns des plus beaux types de xylothèques du genre, avec une collection réalisée à Nuremberg au XIXe siècle. 

 

L'Allemagne et les Pays-Bas ne sont pas les seuls pays à s'être penchés sur la pratique : on notera également la collection de l'école forestière de Nancy, constituée dans la seconde moitié du XIXe siècle, celle de Florence (1793) - qui compte quelques échantillons de bois d'espèces exotiques provenant d'Égypte, de Guyane, de Madagascar et d'Océanie - ou encore celles constituées au Japon au cours des ères Edo et Meiji au XIXe siècle. 

 

 

Panneau de bois représentant un échantillon de poirier,

extrait de la xylothèque de l'ère Meiji

RBG Kew, Domaine Public

 

Avec le temps, les xylothèques ont naturellement pris une portée scientifique, et sont aujourd'hui  consultées par les forestiers et biologistes - mais également par les restaurateurs et autres corps de métiers. Les xylothèques de l'Herbier national de Pays-Bas à Leiden, et du laboratoire des produits forestiers du Service des forêts des États-Unis, à Madison, comptent ainsi toutes deux  plus de 100.000 échantillons.

 

Elles sont considérées comme les deux plus grandes du monde.