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Lib' : le manuel scolaire numérique selon Belin

Victor De Sepausy - 25.03.2013

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - manuels - numériques - Lib'


Parmi les éditeurs scolaires, Belin s'inscrit volontiers dans la position de précurseur pour le domaine du manuel numérique. Si, dans un premier temps, l'éditeur indépendant élaborait ses supports numériques presque totalement en interne, il travaille, depuis deux ans, avec la société Immanens, spécialisée dans la production et la diffusion de contenus numériques.

 

 

Le manuel numérique transformé en base de données

 

Un nouveau saut technologique semble être franchi avec l'entrée en jeu des applications et l'arrivée massive, peut-être prochaine, des tablettes dans les classes. Dénommé Lib', ce volet novateur de l'édition numérique scolaire, propose d'aller bien plus loin que la seule projection d'un décalque numérique du manuel papier.

 

 

 

 

 

Lib' est une interface qui permet presque, pour simplifier, de partir du manuel papier éditeur pour élaborer son propre manuel. Tout est modifiable, repositionnable : des textes aux images. En plus de la fonction zoom, on peut se servir du manuel numérique comme d'une base documentaire. On accède ainsi directement aux cartes, aux tableaux mais peuvent aussi s'y ajouter de la vidéo, de l'audio.

 

Du manuel papier à la construction de son propre manuel numérique

 

L'utilisateur peut garder la page originale de l'éditeur. Ou alors, il choisit de créer un double de la page, en mettant des notes, en déplaçant les documents, en surlignant, en faisant des liens. On peut aussi ajouter des documents personnels au sein de cette page : changer une illustration en en trouvant une sur Internet par exemple. Même le texte original du manuel est modifiable. On peut ajouter ou enlever des questions.

 

Un manuel numérique synchronisé et paramétrable à l'infini

 

Mais, ce qui fait la force de l'ensemble, c'est l'interface en ligne qui fait que vous pouvez retrouver votre livre, modifié, personnalisé, à partir d'un simple navigateur Internet. L'enseignant peut également créer des groupes d'élèves, ces derniers auront alors accès à ce que souhaite le professeur. Et les élèves pourront également déposer des documents sur cette interface, comme un exposé qui, après validation, serait visible par tous les élèves.

 

D'autres acteurs du numérique font aussi du livre enrichi, c'est souvent sous la seule forme d'un accès local. Pas via une application ou un simple navigateur Internet. Avec Lib', c'est un travail à partir d'une base de données, non plus simplement sur un fichier statique que l'on surligne ou modifie simplement à la marge.

 

 

 

 

Un manuel numérique co-créé par l'éditeur et l'enseignant-utilisateur ?

 

Il reste à gérer toute la question, problématique, des droits. En effet si, au bout de quatre ans (durée classique de renouvellement des livres scolaires), un établissement change d'éditeur sur un manuel donné, les enseignants pourraient perdre l'accès à l'ensemble de leurs précédents manuels modifiés.

 

Aujourd'hui encore, beaucoup d'enseignants travaillent en photocopiant différents manuels afin d'établir des documents qui croisent finalement plusieurs livres. On scanne aussi de plus en plus afin d'établir des documents PowerPoint. Un système de sondage sur les photocopies réalisées permet une rétribution des éditeurs. Chaque établissement reverse une participation au centre qui gère ces droits de reproduction, le CFC.

 

Vers un droit de copie numérique, avec le CFC ?

 

C'est peut-être vers un tel système qu'il faudrait se diriger afin que les enseignants puissent créer leurs propres manuels en piochant un peu partout, comme c'est déjà le cas aujourd'hui sur l'édition papier avec une rétribution des éditeurs qui passent par le Centre Français d'exploitation du droit de copie (CFC).

 

Les éditeurs pourraient alors laisser leur espace de création de manuels interactifs plus ouvert. Le livre, une fois reconstruit par l'enseignant, continuerait à être accessible, dans tous les cas de figure.

 

Un écosystème trop fermé et trop coûteux ?

 

Sinon, le principe d'un écosystème trop fermé risque de brider le développement de ces manuels enrichis. Imaginez un enseignant qui devrait utiliser une interface différente pour chacun de ses niveaux si les ouvrages choisis dépendent de maisons d'édition qui fonctionneraient grâce à des plateformes distinctes.

 

L'ensemble ne serait finalement pas utilisé. Du moins, encore une fois, qu'à la marge. Et l'on se contenterait, comme aujourd'hui, de projeter simplement quelques pages au tableau alors que les élèves ont, sous les yeux, le livre papier aussi.

 

La question du coût est aussi problématique. Les manuels numériques, avec toute l'interactivité qu'ils offrent sont, certes, un plus pour les enseignants, mais les éditeurs cherchent aussi à rentabiliser ces investissements non négligeables pour eux. Les formules proposées prennent souvent la forme d'abonnement, avec un coût annuel, ou pluriannuel, par élève ou par enseignant.

 

La révolution numérique à l'école : oui, mais à quel prix ?

 

Si l'on ajoute à cela le passage à des tableaux numériques, avec un ordinateur dans chaque classe (avec toute la maintenance et le renouvellement régulier que cela suppose) et, peut-être, des tablettes pour chaque élève, le coût de la révolution numérique à l'école risque rapidement d'exploser.

 

Et, si dans une entreprise, on peut compter, en contrepartie, sur des gains de productivités, et une réduction du personnel nécessaire, il n'en sera rien dans l'enseignement...La technologie s'ajoute à l'enseignant déjà en place dans sa classe. Elle ne saurait le remplacer...

 

Chose amusante, en passant sur le stand d'Immanens, on découvre également que les éditions Magnard sont partenaires de la solution...