Libre accès à la recherche britannique : un projet controversé

Clément Solym - 16.07.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - david willets - APC - recherche scientifique


Une secousse radicale de l'édition universitaire vient permettre aux articles de recherche scientifique d'être mis en ligne et d'être ainsi accessibles aux universités, aux entreprises et aux particuliers.



David Willets

David Willets

 

 

Le rapport Finch

 

Le gouvernement britannique a dévoilé des plans controversés pour rendre la recherche scientifique financée par l'argent public disponible pour quiconque veut la lire gratuitement, d'ici 2014, dans le remaniement le plus radical de l'édition universitaire, depuis l'invention de l'Internet.

 

En gros, les articles de recherche qui exposent des travaux financés par le contribuable britannique seront consultables gratuitement par les universités, les entreprises et les particuliers, et ce, pour n'importe quel motif et où qu'ils se trouvent.

 

La décision du gouvernement reflète une vague de soutien actuelle pour le libre accès des publications parmi les universitaires qui ont longtemps protesté du fait que les éditeurs papier font de gros bénéfices en verrouillant la recherche derrière des paiements en ligne. « Si le contribuable a payé pour que cette recherche se produise, les travaux ne devraient pas être isolés derrière un mur qui oblige à payer avant que le citoyen britannique puisse le lire », a déclaré David Willetts au Guardian. Selon David Willets, il y aurait des avantages économiques « massifs » à faire de la recherche un espace ouvert à tous.

 

« Cela prendra du temps à construire, mais d'ici deux ans nous devrions le voir marcher à plein régime. »

 

Le gouvernement a fait entendre sa décision de façon formelle dans un rapport majeur sur le libre accès éditorial, sous la conduite du professeur Dame Janet Finch, sociologue à l'Université de Manchester. David Willetts a déclaré que le gouvernement a accepté toutes les propositions, à l'exception d'un point spécifique sur la TVA qui doit être examiné par les Finances.

 

Deux modèles d'accès en concurrence : « vert » et « premium »

 

Le rapport Finch recommande fortement la mise en place d'un accès libre « premium » (sic) pour assurer la stabilité financière des éditeurs papier, en faisant transiter le revenu des budgets aux bibliothèques aux budgets accordés à la science.

 

Mais une alternative soutenue par de nombreux universitaires, appelée libre accès « vert », permet aux chercheurs de rendre leurs articles gratuitement en ligne, après qu'ils aient été acceptés par les éditeurs papier. Il est peu probable que cela mette en péril les éditeurs ainsi que les sociétés britanniques consacrées à l'éducation, qui vivent de la vente d'abonnement.

 

Des mesures controversées

 

Bien que de nombreux universitaires se félicitent de l'annonce, certains scientifiques contactés par le Guardian ont été consternés de constater que le coût de la transition, qui pourrait atteindre 50 millions de livres par an (soit 63 millions d'euros), doivent être couverts par le budget actuel consacré à la science et qu'aucun nouveau fond ne serait levé pour alimenter le processus. Cela amènerait à moins de recherche et à la baisse le nombre d'articles de qualité publiés.

 

« Il y a un coût de transition à considérer, mais de façon générale c'est bénéfique pour la communauté scientifique et il y a un consensus général qui est que c'est la bonne chose à faire », affirme David Willets.

 

Les universités britanniques paient actuellement environ 200 millions de livres (soit 255 millions d'euros) par an en frais d'abonnement aux éditeurs papier, mais sous le nouveau projet, ce seront les auteurs qui paieront des frais de mise en ligne par article (APC), afin qu'ils soient relus, mis en forme et rendus librement accessibles. Le coût moyen est environ de 2000 livres (2548 euros) par articles.

 

Les tensions entre les universitaires et les grandes maisons d'édition ont graduellement augmenté ces derniers mois alors que les chercheurs se sont attaqués aux frais d'abonnement que leurs bibliothèques doivent régler.

 

« Nous acceptons qu'une partie de ce coût va échoir sur le budget déjà très serré de la science, qui est de  4,6 milliards de livres. Dans l'estimation la plus haute du rapport Finch ce sera 1% du budget qui sera alloué au financement de ces accès libre « premium », au moins tant que nous n'aurons pas atteint un état stable, où nous espérons que la concurrence fera baisser les frais pour les auteurs et que les universités feront des économies, car elles n'ont pas à payer les abonnements papiers », a-t-il ajouté.

 

« Le véritable impact économique, c'est que nous rendons public d'un coup aux universitaires, chercheurs, entreprises et particuliers, toute la recherche de haute qualité qui est financée par l'argent public. Je pense qu'il y a un bénéfice économique brut qui dépasse de loin les 50 millions de livres  qui vont être imposés au budget accordé à la science. »

 

La Grande-Bretagne va donc rendre l'accès à sa recherche gratuite tandis qu'elle continuera à payer pour l'accès aux articles venant d'autres pays. David Willet espère que bientôt l'Union européenne suivra le même chemin, avançant comme argument que les États-Unis ont déjà fait pareil en rendant libre l'accès aux travaux financés par le ministère de la santé.

 

Attention, danger

 

Le professeur Adam Tickell, vice-doyen de la recherche et de la diffusion des savoirs à l'Université de Birmingham et membre du rapport Finch, est heureux que le gouvernement ait suivi les recommandations du rapport, mais il met en garde contre le danger de voir la Grande-Bretagne perdre des chantiers de recherche pendant la transition instable vers un système de libre accès.

 

« Si les États-Unis et l'Union-Européenne s'engagent de façon massive dans le libre accès, nous les suivrons sans aucun doute et je pense que d'ici une décennie nous y serons, mais le danger c'est la période de transition », assure-t-il. « Ce qui m'inquiète c'est qu'il n'y a pas de fonds supplémentaires pour financer la transition et que les coûts échoiront de façon disproportionnée aux universités ». Cela pourrait conduire à un « rationnement » de la publication d'articles, « alors que la compétition pour obtenir des fonds fait rage ».

 

Quant à lui, Stevan Harnad, professeur d'électronique et d'informatique à l'Université de Southampton, annonce que le gouvernement s'alourdit d'une facture élevée en favorisant les accès libre « premium » au détriment des accès « verts ». « La Grande-Bretagne était en tête du mouvement vers la mise en place de l'accès « vert »  qui oblige les chercheurs à eux-mêmes archiver leurs articles sur internet et à les rendre libres d'accès ». « Les recommandations du rapport Finch semblent être en faveur d'un accès libre, mais en vérité elles sont fortement orientées au bénéfice de l'industrie éditoriale au détriment de la recherche britannique », déclare-t-il.

 

« Au lieu de favoriser un système « vert » qui ne coûterait rien, le comité a recommandé de dépenser énormément d'argent pour payer aux éditeurs un accès libre « premium ». […] Et l'idéal d'un accès libre total sera retardé d'au moins une décennie » , ajoute Stevan Harnad.


 




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