Littérature : la médaille d'un prix Nobel, ou les enchères passionnelles

Nicolas Gary - 04.12.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - vente enchères médaille - prix Noble Italie - Dario Franceschini


Fin novembre, Alessandro Quasimodo, fils du prix Nobel de littérature sicilien Salvatore, mettait aux enchères la médaille de son père. Estimé entre 100 et 150.000 €, l’objet a été acquis finalement par un commerçant de Florence. Avec un intérêt tout particulier : l’homme est numismate et vendeur de médailles. Pour 125.000 €, il peut se targuer d'avoir fait une bonne affaire. 

 

 

 

La maison Bolaffi de Turin avait été particulièrement heureuse de proposer cet objet à la vente. Voilà une dizaine d’années, Alessandro avait racheté la médaille. Son père l’avait offerte à sa maîtresse, chez qui n’est pas longtemps restée : elle la revendit à un collectionneur de Milan, à qui Alessandro a fini par la racheter. 

 

Cette médaille incarnait en effet le symbole d’une trahison pour le fils. Ainsi qu’il l’expliquait avant la vente : « Le jour de la cérémonie à Stockholm, mon père s’est rendu là-bas avec une autre personne. Il n’a emmené ni ma mère ni moi. Je lui ai pardonné beaucoup de choses, mais pas ce geste. » En clair, c’est avec sa maîtresse que Salvatore Quasimodo s’était rendu à la cérémonie.

 

Si l’on ignore pourquoi le fils s’était alors mis en tête de racheter l’objet voilà dix ans, la décision de le mettre aux enchères a suscité une tempête médiatique en Italie. L’auteur, originaire de Sicile, avait obtenu son prix en 1959.

 

Dario Franchescini, ministre de la Culture, avait en effet exigé que la médaille reste en Italie, alors que la maison avait eu des contacts avec de nombreux acheteurs extérieurs. « Nous avons obtenu la garantie qu’elle resterait en Italie », insistait le ministre en début de semaine.

 

Garder le patrimoine en Italie, consigne du ministre

 

Évoquant « un symbole de l’immortalité absolue de la culture », Dario Franceschini avait alors fait ouvrir une procédure de déclaration d'intérêt : de la sorte la maison ne vendrait la médaille du Nobel qu’à un Italien. C’est chose faite, puisqu’elle restera, pour l’instant, chez ce collectionneur et revendeur florentin. Nous ne savons pas s’il en profitera pour réaliser une exposition, ou la présenter au public. 

 

La vente s’est alors opérée après que les collectionneurs étrangers, informés des restrictions qu’imposait le ministre de la Culture, ont pourtant réitéré leurs offres. Des propositions « bien plus élevées par rapport au prix de la vente finale », indique la maison « alors que le prix final est en-deçà de ce qui se fait pour ce type de bien ».

 

Le ministère avait manifesté publiquement son intérêt : des représentants étaient dans la salle pendant la vente, mais aucun n’a formulé d’offre. Et ne fit donc rien pour que la médaille reste sur le sol italien.

 

Si la maison n’a pas reçu d’offres publiques avant la vente aux enchères, le président de la Bibliothèque nationale de Rome était également présent dans la salle. « Il a pris une palette, que l’on utilise pour faire les enchères. Donc, il était probablement intéressé pour l’achat de la médaille en tant que représentant l’intérêt public. » L’Italie opère en effet une coordination entre les institutions publiques qui travaillent sous la tutelle du ministère des Biens culturels. Autrement dit, si le président était en salle, les institutions siciliennes étaient sûrement au courant.

 

Trop cher, assure-t-on du côté du ministère de la Culture : le prix de vente était trop élevé pour que l’État italien s’engage. Même des institutions culturelles siciliennes ont manifesté leur intérêt, mais n’ont finalement présenté aucune offre, affirme la presse sicilienne. 

 

Le fils, lui, a suivi la vente depuis sa maison, à Syracuse, « loin des bavardages », assurait-il.


Pour approfondir

Editeur :
Genre : poesie grand format
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782916862088

Ouvrier de songes

de Salvatore Quasimodo

giorno dopa giorno (1947), la vita non è sogno (1949), il falso e vero verde (1954), sont les trois recueils rassemblés dans cet ouvrage. Recueils emblématiques de la seconde partie de l'oeuvre de quasimodo après la traversée des épreuves du siècle.

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