Livré aux autorités US, un jeune britannique risque 10 ans de prison

Clément Solym - 06.07.2012

Patrimoine et éducation - A l'international


Certes, Richard O'Dwyer est coupable. Coupable d'avoir monté Tvshack.net en 2007, un site agrégateur de liens qui faisait la part belle à des renvois vers feu Mégavidéo, entre autres. Saisi par les autorités américaines en juin 2010, le site est depuis inaccessible, et la Justice US souhaite désormais juger le ressortissant british pour infractions du copyright. Aux États-Unis, il risque 10 ans de prison, beaucoup moins en Grande-Bretagne, le territoire où il a commis son délit.

 

 

L'étudiant informatique, désormais âgé de 23 ans, voit la prochaine décennie de son existence devenir un sujet éminemment judiciaire, et pratiquement politique, qui mobilise la Grande-Bretagne depuis plusieurs mois. Sur Twitter, le hashtag #saverichard fait d'ailleurs recette, tandis que le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, rompu aux mobilisations numériques depuis que son portrait a orné les pages de l'encyclopédie pour récolter des fonds, a lancé une pétition pour porter sa cause devant la Secrétaire d'État Theresa May. 

 

Malgré 215.000 signatures, celle-ci ne s'est pas exprimé sur le sujet, et entérine donc de fait la procédure d'extradition, validée depuis mars dernier. « La secrétaire d'État continue d'ignorer des centaines de milliers de citoyens, des technophiles britanniques, des chefs d'entreprise, des célébrités et des membres du Parlement de tous les bords politiques, avec cette affaire » a déclaré, déçu, le créateur de Wikipédia. 

 

9 % seulement de la population britannique soutient son extradition aux USA, tandis qu'ils sont 26 % à attendre un jugement au Royaume-Uni. Une large majorité, 46 %, sont même partisans d'un abandon total des charges qui pèsent contre l'étudiant. L'affaire O'Dwyer a été largement médiatisée outre-Manche, avec force photos du jeune homme en t-shirt Mickey, accompagné par sa mère. Celle-ci déclare : « Je pourrais perdre mon fils pendant 10 ans dans une prison américaine pour un prétexte qui n'est même pas un délit au Royaume-Uni. J'ai payé mes impôts pendant toute ma vie, et maintenant, quand j'ai besoin du gouvernement, il me lâche totalement. »

 

L'extradition de Richard O'Dwyer rappelle évidemment celle de Kim Dotcom, voulue, désirée, exigée par le FBI, en partie pour laver l'affront de procédures judiciaires plus que contestables. (voir notre actualitté) Si la fortune dégagée par O'Dwyer est largement inférieure à celle de Dotcom, le jeune homme aurait tout de même touché 140.000 £ en revenus publicitaires, qu'il aurait utilisés pour payer les serveurs d'hébergement du site, mais aussi pour... aller au cinéma 4 fois par semaine.