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Macron “croquignolesque” : inspiré de Rabelais, des Pieds Nickelés et des Hussards

Clément Solym - 19.10.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Emmanuel Macron croquignolesque - langage français histoire - Bernard Pivot dictionnaire


Le langage fleuri du président de la République fait jaser les internautes. Sa dernière sortie, avec le terme « croquignolesque », n’a pas manqué d’enthousiasmer les internautes, plongeant certains dans la plus grande perplexité. 



Ribouldingue, Croquignol qui bat la mesure et Filochard
 

 

On connaît les indécrottables Pieds Nickelés, Filochard, Ribouldingue et Croquignol : cette série de bandes dessinées créée par Louis Forton parut pour la première fois en 1908. L’édition du 4 juin de la revue L’épatant (alors éditée par les éditions Offestadt) présentait ces trois filous de pacotilles, toujours à la recherche de quelques sous, mais éternellement sur la paille. 

 

Accessoirement, ce fut un combat terrible de l’auteur pour obtenir de la revue que les personnages puissent s’exprimer dans des bulles, et non sous la forme de texte typographié en dessous de chaque dessin. 

 

Figure de proue de cette tribu de truands, Croquignol, adepte du monocle et du nœud papillon, aurait légué à la langue française un adjectif, découlant de son nom, remis au goût du jour par le président de la République. Retour sur un impromptu : 

 


 

 

Croquignolesque... un bien étrange terme, qui fait sursauter la planète net. On en trouvait pourtant trace sur ActuaLitté dans un article de mars 2014.

 

Chacun y va alors de son interprétation, de sa recherche, étonné de découvrir l’adjectif devenu abstrus dans la bouche présidentielle. On revient alors sur le personnage de Louis Forton, et l’on explique alors que Croquignol aurait donc donné vie à l’adjectif. 

 

On aurait alors abouti à croquignolet, et son pendant, croquignolesque, en découlerait directement. Mais la croquignole était aussi un gâteau, spécialité de Pithiviers (Loiret) : Louis Forton, dans l’Orne, en avait-il entendu parler ? Possible, François Rabelais lui-même évoque le terme – la croquignole – dans Pantagruel, mais pour désigner... une chiquenaude « que l’on donne avec les doigts recourbés », selon le dictionnaire étymologique de la langue française de Gilles Ménage (1650). Voilà qui convient plus à l’anti-héros de Forton.

 

Dans d’autres éditions, on explique qu’il s’agit de coups que l’on donne sur les doigts, comme une punition. En tout cas, plus rien à voir avec le biscuit croquant. 

 

Croquignolet, lui, est un personnage que l’on découvre dans le Peau d’âne de Charles Perrault (éditions 1964) ou encore, quelques années plus tard, dans une comédie de Jean-François Regnard, Les filles errantes, ou les intrigues des hôtelleries (1690). Monsieur Croquignolet est ici un avocat...

 

Pour mémoire, Rimbaud se sert du terme dans ses poésies, en 1871 : « Vieilles verdures, vieux galons ! Ô croquignoles végétales ! Fleurs fantasques des vieux salons ! », pour désigner des choses futiles. Il s’agissait là d’un poème adressé à Théodore de Banville, Ce qu’on dit au poète à propos des fleurs.

 

Et puis, plus près de nous, Céline l’emploie dans Mort à crédit, en 1936, avec « Les hommes-sandwichs les plus croquignols ». L’adjectif croquignolet était considéré dès 1939 pour désigner quelque chose de petit, joli, mignon, mais dans un registre familier ou argotique. 

 

Bernard Pivot, twittos exemplaire de régularité, s’est immédiatement lancé : 

 

 

 

C’est que ne trouvant pas pas trace dans le Petit Larousse ni le Petit Robert, l’homme de lettres envisage légitimement que le terme puisse y faire son apparition. De fait, le terme ne figure pas non plus dans le dictionnaire de l’Académie française. 

 

Après quelques recherches, nous avons pu trouver trace dans le Grand Robert de la langue française, édition revue et enrichie par Alain Rey. Une référence à Cécil Saint-Laurent, l’un des pseudonymes de Jacques Laurent, cite le roman La mutante, paru en 1978 : « Une petite colle, pas bien méchante, mais assez croquignolesque. »



 

Le président Macron aurait-il dans son champ de référence, une affection pour les Hussards ? L’écrivain François Dufay désignait ce mouvement littéraire comme amateur de causes perdues, tout en refusant les modes. Une inspiration ?