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Mali : destruction des derniers mausolées, les manuscrits en sursis

Clément Solym - 24.12.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Mali - Tombouctou - Al-quaida


Les islamistes du groupe Ansar Dine, qui s'activent pour détruire les mausolées de « la ville aux 333 saints », Tombouctou, arrivent malheureusement à leurs fins : bientôt, plus une seule de ces constructions centenaires ne sera debout. Ce qui laisse craindre un sort semblable pour les 40.000 manuscrits rassemblés dans la ville, à l'institut de hautes études de recherches islamiques Ahmed Baba.

 


CEDRAB le 4 août 1999

Le centre de hautes études de recherches islamiques, Tombouctou, JiPs☆STiCk, CC BY-NC-ND 2.0

 

En connection directe avec les hautes sphères du sacré, un des leaders du groupe Ansar Dine aurait déclaré : « Il ne va pas rester un seul mausolée à Tombouctou, Dieu n'aime pas ca, nous sommes en train de casser tous les mausolées cachés dans les quartiers », tandis que des témoins certifient que de nouvelles, et terminales destructions auraient commencées dès dimanche.

 

Le groupe Ansar Dine rivalise désormais avec le Mujao, une autre bande de fanatiques venue de Gao, à côté du fleuve Niger. Réputée plus extrême qu'Ansar Dine, qui a signé un accord avec le gouvernement algérien, elle procède encore aux amputations pour des prétextes d'impiété. Si les deux groupes ne s'associent guère, les membres d'Aqmi se seraient joints aux joyeuses destructions.

 

À l'institut de hautes études de recherches islamiques, on observe la situation avec crainte : sur les 40.000 manuscrits conservés, seuls 4.000 ont été numérisés, et les opérations sont à l'arrêt. « Ils se sont montrés à la télé, ont parlé à la radio pour dire que les livres seraient en sécurité. Ils ont eu l'opportunité de le faire auparavant, et il ne s'est rien passé » relève avec espoir Abdel Kader Haidara, propriétaire d'une des plus grandes bibliothèques privées de Tombouctou.

 

Si les tombes ont été détruites, c'est parce qu'elle apparaissaient aux yeux des Salafistes comme des idoles souffistes, ce qui n'est pas le cas des manuscrits, pour la plupart des textes sacrés. L'Unesco réfléchit avec les conservateurs au déplacement des manuscrits, mais l'opération s'avère compromise, plus pour des risques de destructions (1000 km sont nécessaires pour rejoindre Bamako) que de financement : 15.000 $ suffiraient à couvrir la logistique, d'après les prévisions.