Manuel d'histoire : traiter la naissance de la France, sans "revendication politique”

Nicolas Gary - 18.08.2016

Patrimoine et éducation - Scolarité France - fondation Aristote manuel - histoire France scolaire - revendication politique manuel


Avec la publication du Nouveau manuel d’histoire, la Fondation Aristote, qui a porté le projet éditorial, répond à sa mission de « création d’outils pédagogiques ». Le manuel réalisé par Dimitri Casali, auteur et directeur éditorial, est le premier projet d’une longue série nous explique Lucile de Vaulx, présidente de la Fondation. 

 

En classe

Maeka Alexis, CC BY ND 2.0

 

 

Créée en novembre 2015, la Fondation Aristote est abritée par la Fondation pour l’école, qui en héberge la partie administrative : « La Fondation pour l’école nous aide pour la gestion comptable et administrative, ce n’est en rien une mise sous tutelle. La fondation Aristote reste totalement indépendante pour les projets qu’elle développe. » Le Nouveau manuel d’histoire, qui sera publié par les Éditions de la Martinière, est sa première réalisation en la matière. « Nous avions besoin d’une structure qui nous apporte le réseau de diffusion, et qui prenne en charge la publication. »

 

"En aucun cas un objet de revendication politique"

 

À travers cet ouvrage, la Fondation espère « transmettre un peu d’excellence dans le domaine scolaire. Louis Manaranche, membre de notre conseil d’administration, et agrégé d’histoire, a pris part à l’écriture », précise Lucile de Vaulx. D’autres personnalités s’y sont associées, comme François-Xavier Bellamy, agrégé de philosophie, « un homme qui a le souci des élèves : dans le pédagogisme actuel, il a apporté son regard de pédagogue ». 

 

Pour soutenir ce projet, Salim Mokkadem, (professeur agrégé en philosophie membre de l’ESPE de la faculté de Montpellier et conseiller en politiques éducatives à l’internationale) et Laure Bourdin (consultante en politiques éducatives territoriales) sont membres du conseil d’administration au même titre que M. Bellamy et M. Manaranche. 

 

Pour soutenir le projet éditorial, se trouve aussi Anne Coffinier, ancienne élève de Normale Sup et de l’ENA, actuelle directrice générale de la Fondation pour l’école. « Elle défend avec conviction l’école hors contrat », souligne Lucile de Vaulx – des établissements privés qui « disposent d’une plus grande liberté pédagogique. C’est la mission de la Fondation pour l’école que de soutenir la création d’écoles et ainsi susciter un renouveau éducatif, c’est aussi permettre aux parents de choisir l’établissement adapté à leur enfant. Anne Coffinier s’assure que les projets que nous portons sont conformes à la convention que nous avons signée avec la Fondation pour l’École qui nous abrite ».

 

Lucile de Vaulx, présidente de la Fondation Aristote

 

 

Ces différentes personnalités ont en commun des engagements politiques, notamment dans le cadre de la Manif pour tous. Mais ce n’est pas le cas de tous les membres de la Fondation Aristote. D’ailleurs, la présidente de la Fondation Aristote se défend de toute position partisane : « L’ouvrage a été préfacé par monsieur Jean-Pierre Chevènement, ce qui prouve notre impartialité. » D’ailleurs, l’investissement public des personnalités profitera avant tout au manuel, « il n’est en aucun cas un objet de revendication politique ».

 

Proposer des outils pédagogiques nouveaux 

 

De même, en dépit du fort soutien affiché par l’association SOS Education, il n’y a aucun lien avec la Fondation Aristote. « Chacun reste libre de ses engagements et de s’investir dans ce en quoi il croit. Nous avons la conviction que proposer des outils pédagogiques nouveaux offre aux enseignants de nouvelles perspectives pour réinvestir avec leurs élèves ce temps de cours si précieux pour la transmission des savoirs », tranche la présidente de la Fondation.

 

« Ce que nous avons tous constaté, en préparant ce manuel, et en consultant les ouvrages des éditeurs traditionnels, c’est qu’ils frappaient par l’indigence de leurs contenus. Ils contiennent beaucoup d’exercices ou de fiches pédagogiques, notamment pour la préparation du brevet. Et les leçons sont extrêmement brèves », déplore Lucile de Vaulx. En somme, « les manuels ne sont que des supports documentaires, et non des outils dont l’élève peut s’emparer pour apprendre ». 

 

Avec une couverture très forte – Louis XIV, Napoléon et La liberté guidant le peuple de Delacroix – la Fondation cherchait « des figures très marquées. Nous avons une certaine idée de ce qu’est l’enseignement, et des moyens par lesquels on peut s’identifier quand on apprend l’histoire. Sans la présence marquée de grands personnages, il devient impossible de saisir les orientations des courants que prend l’histoire. Les grands chamboulements ont toujours impliqué des figures historiques, qui s’en sont sorties avec ou sans gloire. Nous avons voulu mettre en lumière ces hommes et ces femmes qui ont fait notre histoire et ainsi montrer aux collégiens la richesse de leur nation, de son intégration – comme Marie Curie. »

 

 

 

Et de souligner que l’impartialité reste le maître mot, pour traiter de cette naissance de la France – depuis le royaume de l’époque carolingienne – en passant par les Lumières, la Révolution française, pour aboutir à la naissance de la République des temps modernes et finir par questionner notre époque contemporaine.

 

La géographie, puis l'Éducation morale et civique en vue

 

Au moment de notre entretien, quelques problèmes de fabrications avaient retardé l’envoi de spécimen aux établissements et aux enseignants. Toutefois, cela n’arrête pas la diffusion du manuel, et moins encore la vocation de la Fondation. « Nous travaillons à la réalisation d’un manuel de géographie, qui présente plus de difficultés que pour l’histoire. La mise à jour doit refléter le mouvement permanent, et nous sommes à la recherche des personnes à qui il sera possible de confier le projet. » Animée par un souci d’exhaustivité et d’actualité des contenus, la Fondation Aristote réunit en ce moment un collège d’experts qui aura à cœur de développer un manuel de géographie ambitieux et fidèle au programme de l’Éducation Nationale. 

 

Un dernier manuel d’éducation morale et civique sera couplé avec le manuel de géographie. « C’est un sujet complexe pour les professeurs, qui ne sont d‘ordinaire pas très à l’aise avec ces sujets. Ils les gèrent au sein des établissements durant 4 à 8 heures au cours de l’année. » Des propos qui n'engagent pas la totalité du corps enseignant, mais « [p]our autant, l’éducation civique est souvent traitée en marge du programme », assure Lucile de Vaulx. Géographie et EMC devraient intervenir pour la rentrée 2017. 

 

Quant au ministère de l’Éducation nationale, il a été tenu informé de la publication du Nouveau manuel d’histoire. « Nous avons été en contact avec des inspecteurs d’Académie qui en ont référé. Madame Najat Vallaud-Belkacem est informée de l’existence de notre manuel, et sait que nous avons été reçus. Nous ne manquerons pas de lui faire parvenir un spécimen. » 

 

La Fondation Aristote aura tout de même fort à faire : en effet, quelques jours après cet entretien, mené fin juin, un nouveau message surgissait, émanant de SOS Éducation.  

 

Pour vous et moi, qui nous intéressons au sort de la jeunesse et nous mobilisons sans relâche pour dénoncer le désastre de notre système scolaire, cet ouvrage magnifique est une bonne raison d’espérer.

En effet, ce Nouveau Manuel d’Histoire démontre que malgré toutes les oppositions idéologiques et administratives, malgré l’idéologie des pédagogistes forcenés qui sapent l’École depuis plus de 40 ans, des hommes et des femmes courageux parviennent à tirer parti de réformes absurdes pour proposer des supports d’excellence et transmettre notre héritage culturel aux élèves.

 

Difficile alors de ne pas envisager que certains fassent peser sur ce manuel d'histoire  plus qu'une chronologie historique.