Manuels scolaires : New York offre ses écoles publiques à Amazon

Clément Solym - 20.04.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - écoles publiques - Amazon accord - manuels scolaires


L’accord passé entre la ville de New York et Amazon, fin mars, se concrétise. Objectif : fournir les écoles publiques en manuels scolaires, et arroser ainsi 1800 établissements. Ce marché, initialement lancé en juillet 2015, avait fini par capoter, mais la Big Apple et le cybermarchand sont parvenus à trouver un terrain d’entente, en incluant l’Association des aveugles d’Amérique. Avec leur consentement, plus rien n’empêche désormais Amazon d’inonder le secteur avec son format propriétaire.

 

 

 

Le département Éducation de New York doit voter ce mercredi le budget global, d’environ 30 millions $ pour la première année. Les responsables pédagogiques de la ville se fourniront ainsi dans les étals d’Amazon pour s’approvisionner en manuels scolaires et autres contenus que fournira la société. 

 

Une fois ces documents achetés, la ville conservera les droits et pourra alors les distribuer d’une école à l’autre, sans limitation. Le contrat ne recouvre toutefois pas les appareils Kindle et autres types de matériels que pourrait fournir la société. 

 

Si Apple avait rencontré de sérieuses difficultés à distribuer son iPad dans les universités, le prix de la machine n’y était pas étranger. Or, comme le contenu est le fer de lance de l’activité économique d’Amazon, ce partenariat lui offre un boulevard financier. Dans une certaine mesure toutefois : 30 millions $ sur un an, c’est presque une goutte d’eau dans les revenus de la firme. 

 

Ayant dépassé les 107 milliards de chiffre d’affaires en 2015, Amazon dispose d’un peu d’avance, mais ce type de contrat est toujours bon à prendre. Surtout qu’il améliore ostensiblement le résultat opérationnel – de 2,2 milliards $ en 2015, avec des bénéfices nets de 596 millions $. 

 

Toutefois, la Big Apple a indiqué qu’Amazon avait remporté un appel d’offres à l’unanimité, alors qu’elle était entrée en concurrence avec 14 autres prétendants. Elle affichait non seulement les tarifs les plus attractifs – vive le dumping, grognent certains –, mais également le catalogue le plus vaste. L’offre et le tarif auront donc eu raison des postulants. Le montant global du partenariat, sur cinq années, s’élèvera cependant à 64,5 millions $. 

 

Cette question tarifaire est essentielle, alors que l’Amérique découvre parfois de vilaines surprises. Ainsi, à Huntsville, dans l’Alabama, l’équipement numérique des écoles en termes de manuels scolaires a représenté un coût deux fois supérieur à celui de l’achat de manuels traditionnels. Et l’on n’était pas passé par Amazon pour ce faire. (via alltoday)

 

L’autre avantage est de sensibiliser les élèves les plus jeunes à ses services et de recruter potentiellement de futurs clients. Aussi, même si l’argent est un nerf de la guerre, les comptes qui s’ouvriront à l’avenir représentent une manne non négligeable. C’est par ailleurs ce qui préoccupe différentes organisations, en dépit des paroles rassurantes. 

 

D’autre part, on redoute que les informations de lectures des enfants soient stockées quelque part – toujours ce cloud qui plane – à des fins commerciales. Ou encore, que les enseignants puissent disposer d’informations sur le travail effectif réalisé, et donc d’une forme de surveillance dont l’Amérique n’est jamais friande. Leonie Haimson, directrice générale de Class Size Matters, explique : « Nous refusons que nos enfants soient plus espionnés qu’ils ne le sont déjà. » 

 

De leur côté, les parents s’interrogent sur le taux d’équipements : comment s’assurer que chacun disposera d’un appareil pour l’école et la maison, notamment auprès des populations les plus défavorisées ? Là encore, différentes réponses surgissent : la plus logique, d’abord, est qu’Amazon a décliné son outil de lecture Kindle en une multitude d’applications, disponibles sur quasiment tous les systèmes d’exploitation. De la sorte, n’importe quelle machine est en mesure de donner accès aux livres scolaires qui entrent dans ce cadre. La question de l'accessibilité des équipements Amazon avait également été posée, mais le géant s'était engagé à l'améliorer.

 

L’administration new-yorkaise relativise également : les bouquins numériques n’ont pas vocation à remplacer les ouvrages imprimés – gare à la réaction des éditeurs dans ce cas. En réalité, il s’agit d’apporter une solution complémentaire.

 

Ce qui ressortira du vote, dont l’issue ne fait quasiment aucun doute, c’est que le contrôle du marché du livre numérique par Amazon sera amplement consolidé grâce à New York. Si les ventes chez les éditeurs traditionnels, et notamment en littérature, ont légèrement diminué en 2015, des partenariats similaires ne manqueront pas de fleurir à l’avenir. (via WSJ)