Marine Le Pen défend la place des cahiers de doléances aux Archives

Nicolas Gary - 13.03.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Marine Pen Archives - grand débat Macron - gilets jaunes France


Voilà quelques semaines, l’Association des Archivistes de France interpellait le gouvernement. En effet, dans le cadre du Grand débat national, en réponse au mouvement des Gilets jaunes, devaient être produits des cahiers de doléance. Or, plusieurs ministres ont affirmé leur intention de remettre à la BnF ces documents. Un comble. 



 
Les cahiers de doléances devaient être la réponse d’Emmanuel Macron à l’insatisfaction qui gronde en France depuis plusieurs mois, et qu’incarnent les fameux Gilets jaunes. Dans toutes les mairies, se trouvaient en effet des cahiers que les citoyens pouvaient remplir, avant qu’ils ne soient transmis par la préfecture à l’administration centrale de l’État.
 

Ne pas confondre les missions publiques


Pour l’AAF, il s’agit là d’archives publiques « uniques dans leur diversité et leur particularité ». Confier à la BnF leur archivage, sous prétexte de la mission régalienne de l’établissement, dans le dépôt légal des imprimés, relèverait du non-sens. En effet, souligne l’association, « la destination finale de ces documents, qu’ils soient papier ou dématérialisés, ne saurait être autre que les services publics d’archives territorialement compétents ».

De fait, les archivistes, en tant que professionnels de la conservation, exercent cette mission depuis la Révolution française : collecter les documents d’archives publiques pour les mettre à la disposition du plus grand nombre. Et puisque le gouvernement a choisi une référence directe au contexte de 1789, ceux de 2019 auraient toute leur place aux Archives.
 
En effet, si les cahiers de doléances sont en usage depuis le XIVe siècle, cette tradition française a connu son apogée lors des États généraux de Versailles, voilà plus de deux siècles. Et de fait, l’édition 2019 pourrait donc rejoindre ceux de 1789, « et témoigner sur le temps long des vœux, des craintes, des colères et des aspirations populaires », pointe l’AAF.
 

La numérisation en cours, au long cours...


L’information n’avait pas attiré l’attention, et personne ne semblait s’en préoccuper grandement. Depuis le 21 février, lesdits cahiers ont d’ailleurs été retirés des mairies, et, dès ce 15 mars, ils seront étudiés – avec, tout d’abord, un processus de numérisation de ces centaines de milliers de pages. 

En effet, on parle de 400.000 pages, à travers 16.000 cahiers, à passer sous les scanners – avant leur transmission à la BnF. 
 

 
 

Marine Le Pen, un renfort inattendu


Or, dans son combat pour obtenir que les cahiers soient placés aux Archives, l’AAF vient de recevoir un étonnant soutien : celui de Marine Le Pen, qui, dans une question parlementaire, déplore que la BnF soit récipiendaire de ces documents. Et de citer le décret 94-3 du 3 janvier 1994, par lequel fut créé l’établissement, et celui 2006-1365 du 9 novembre 2006 qui modifia le premier.

En effet, la BnF a bien pour mission première de « collecter, cataloguer, conserver et enrichir le patrimoine national dont elle a la garde ». Or, si la numérisation et l’extraction des données s’inscrivent dans ses prérogatives, la description, la conservation et leur communication doivent être menées par les Archives, insiste la parlementaire. 

Les cahiers de doléances dématérialisés ont ainsi vocation à être intégrés « à la plateforme d’archivage de données numériques Adamant, gérée par les Archives nationales ». Et de demander à Franck Riester des précisions sur « les conditions dans lesquelles sera assurée la prise en charge par l’État des cahiers citoyens ». 

Rappelant qu’en tout état de cause, elle doit « être effectuée dans le respect des missions respectives de la BNF et du service interministériel des archives de France ».


Mise à jour 14 h 50 : 

La BnF a contacté ActuaLitté pour apporter quelques corrections. « Il n’a jamais été question que la BnF conserve les cahiers de doléances, qui ont pour vocation de rejoindre les Archives. La BnF a uniquement en charge la numérisation des contributions des citoyens », assure une porte-parole. « Aujourd’hui stockés dans les différentes préfectures, les cahiers ont été photocopiés par leurs services, la BnF n’a d’ailleurs reçu que les photocopies des documents pour procéder à leur numérisation. »

Mise à jour 18h40 : 

L’AAF a contacté Actualitté pour préciser que, association professionnelle, indépendante et apolitique, elle n’a sollicité aucun soutien ni renfort, et entend garder son autonomie d’action et de parole au service de la profession.


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