Menace terroriste, conflit militaire : un refuge pour les biens culturels en péril

Victor De Sepausy - 30.11.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Protection du patrimoine en péril - Abou Dabi conférence


En déplacement à Abu Dhabi ces 2 et 3 décembre, le président de la République reviendra sur un projet déjà évoqué lors de son passage à New York en septembre dernier : la protection des biens du patrimoine mondial. François Hollande évoquait la constitution d’un fonds de 100 millions $ pour sauver les œuvres.

 

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Laura Blanchard, CC BY SA 2.0

 

 

De même qu’il existe un droit d’asile pour les réfugiés, François Hollande avait donc envisagé la constitution d’un « droit d’asile pour les œuvres », notion relevant d’un enjeu « non pas d’une civilisation, mais de l’humanité ». Au cours de son déplacement prochain à Abu Dhabi, le président consolidera cette idée de réseau international de refuges pour les biens culturels en périls. Cette notion est déjà assez clairement définie : 

 

une coopération internationale pour aider les pays à établir des refuges sur leur propre territoire et mener des mesures préventives sur place (formation, inventaire, documentation, plan d’évacuation d’urgence).
en cas de situation d’extrême urgence et en dernier recours, la mise à l’abri à l’étranger : il est parfois nécessaire qu’un État demande à un autre État d’assumer la responsabilité de la protection de ses biens culturels, tout en disposant des garanties nécessaires sur leur sécurité, leur intégrité et leur retour rapide. 

 

Ces procédures de déclenchement pourront intervenir sur simple demande émanant de l’État qui en est propriétaire déposant, lorsque se profile un conflit armé ou une menace terroriste. En outre, cette mesure permettrait également de compléter la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. 

 

Quant à la création d’un Fonds international dédié à la protection du patrimoine culturel en danger du fait de conflits armés et de terrorisme, « il se révèle aujourd’hui indispensable pour accroître les ressources consacrées à la protection du patrimoine culturel menacé, et parvenir à une meilleure coordination des nombreuses initiatives qui existent déjà dans le monde ». Il sera administré par un conseil de fondation représentatif de la diversité des partenaires. Sa gouvernance sera complétée par un comité scientifique, un comité consultatif financier et d’audit, ainsi qu’un comité d’éthique et de gouvernance.

 

La destruction de livres et de manuscrits frappe encore

 

Rappelons que si Daesh s’en est massivement pris à des lieux d’histoire, et notamment des mausolées, un autodafé de 200 manuscrits a été réalisé à la bibliothèque de Mossoul (Irak). Ces ouvrages, brûlés en janvier/février 2015, avaient plus de 7000 ans. 

 

Des milliers de livres et manuscrits rares ont déjà été détruits en février 2015. En janvier, les combattants de l’EI ont pris d’assaut la Bibliothèque centrale de la deuxième ville d’Irak afin de détruire 2 000 d’ouvrages éducatifs, scientifiques ou encore dédiés à la jeunesse, invoquant la « désobéissance à Dieu ». 8 000 livres rares sont partis en fumée, le 22 février, dans la même bibliothèque. En tout, l’EI aurait détruit plus de 100 000 livres anciens en Irak.

 

De même, en mars 2012, à Tombouctou (Mali), la bibliothèque e Ahmed-Baba, savant du XV siècle, a également été pillée et de nombreux manuscrits ont été brûlés. 

 

Les nouveaux locaux de la bibliothèque, inaugurés en 2009, renfermaient des trésors du XVe et XVIe siècle. 80 % des manuscrits avaient été mis en lieux sûrs par le personnel des bibliothèques de Tombouctou. Seize mausolés avaient également été détruits durant cette période. 

 

IABD : "Détruire le Patrimoine culturel, c'est annihiler la Mémoire et l'Histoire" 

 

La conférence sur la Protection du patrimoine en péril, qu’accueille Abu Dhabi, résulte d’une collaboration entre la France et les Émirats arabes unis. Elle permettra la mise en place « de nouveaux outils pour protéger le patrimoine menacé par le terrorisme ou les conflits armés, avec : une déclaration politique engageant les 40 États participants ; la création d’un Fonds international ouvert aux contributions publiques et privées et la constitution d’un réseau international de refuges pour les biens culturels en danger » assure l’Élysée.