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Mobiliser les bons acteurs pour favoriser l'Éducation artistique et culturelle

Auteur invité - 06.09.2017

Patrimoine et éducation - Scolarité France - éducation artistique culturelle - EAC bibiothèques arts - école arts apprentissage


L’Éducation artistique et culturelle (EAC) est devenue une composante de la formation générale dispensée aux élèves avec la Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013. Le parcours d’EAC qui « vise à susciter une appétence, à développer une familiarité et à initier un rapport intime à l’art que chacun cultivera sa vie durant selon ses goûts et ses envies » engage conjointement les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture.


Le Paradis de Michelangelo Pistoletto au Louvre
Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0

 

Il repose sur trois piliers : la rencontre avec des œuvres et des artistes, l’initiation à des pratiques artistiques individuelles et collectives, l’acquisition de connaissances fondées sur les apprentissages. Dans son rapport de janvier 2017 au Premier ministre, la députée Sandrine Doucet rappelle que « sa co-construction à l’échelle du bassin de vie suppose que soient mobilisés ses multiples acteurs. Depuis l’école et en dehors de l’école, tous doivent mutualiser leurs talents et leurs moyens afin de permettre d’installer durablement l’EAC dans les territoires. » 
 

Les bibliothèques font partie des nombreux acteurs concernés par l’EAC, mais leur rôle à cet égard n’apparaît pas toujours de manière évidente. Le CR2L Picardie qui s’intéresse depuis longtemps au champ très vaste de la lutte contre l’illettrisme a souhaité mettre en lumière leur implication dans les parcours d’Éducation artistique et culturelle qui peuvent faire office de levier dans ce domaine.

La prise en compte de la lecture est d’autant plus importante sur le territoire de l’ancienne région Picardie que le taux d’illettrisme des 18-65 ans y atteint 11 % contre 7 % pour l’ensemble du territoire français (Source : Enquête IVQ 2011). La bibliothèque est un équipement culturel public, gratuit et ouvert à tous qui a connu de profondes mutations ces dernières décennies, notamment avec le développement des nouvelles technologies. Sur un territoire picard rural dont seulement vingt-deux communes dépassent les 10 000 habitants, sa place est unique et centrale en matière de conservation, de médiation et de diffusion de l’information. 
 

Au-delà des freins : déployer l’EAC en bibliothèque 

 

L’état des lieux réalisé par le CR2L Picardie entre mars et décembre 2016 s’est organisé selon deux phases : l’une quantitative (questionnaire en ligne complété par quarante-sept structures) et l’autre qualitative (quarante-deux entretiens avec des acteurs de l’EAC des trois départements). Il a révélé que la plupart des bibliothèques faisaient de l’EAC sans le savoir ni la définir avec précision.

Elles organisent depuis longtemps des rencontres avec les auteurs, accueillent des publics scolaires ou non-scolaires qu’elles incitent à la pratique artistique, mais elles ignorent souvent que leurs actions entrent dans ce champ particulier. Il apparaît d’ailleurs que la relation triangulaire qui s’instaure avec l’EAC entre élus, bibliothèques et membres de l’Éducation nationale, se caractérise par une méconnaissance réciproque des différents acteurs.

Comme le souligne Thierry Ducret, directeur du CR2L Picardie : « La bibliothèque peine encore à être reconnue comme un équipement culturel à part entière ; elle reste identifiée par une unique mission de prêt de livres alors que ses prérogatives se sont étendues à bien d’autres domaines, en considérant que les ouvrages demeurent un pivot en dialogue avec d’autres activités. »
 

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Certains obstacles sont à surmonter pour que l’EAC se généralise dans les bibliothèques. Les dispositifs dans lesquels elles peuvent s’inscrire, comme le Contrat départemental culture et collège (CDCC) dans l’Aisne, le Contrat départemental de développement culturel (CDDC) dans l’Oise ou le Parcours artistique et culturel (PAC 80) dans la Somme, sont mal connus alors qu’ils offrent de réelles opportunités. L’engagement dans des démarches administratives parfois lourdes requiert de surcroît des personnels compétents dans la gestion de projets.

Or, beaucoup de bibliothèques manquent de salariés suffisamment qualifiés. Le CR2L Picardie a élaboré une typologie qui classe les bibliothèques selon trois catégories. Le type A regroupe les structures bien identifiées par les partenaires et disposant des moyens adaptés. Le type B correspond à celles qui peuvent mener des actions, mais qui ont des difficultés à les formaliser ou à mobiliser des compétences. Le type C concerne les bibliothèques isolées qui manquent de moyens matériels, financiers, humains, et qui ne sont donc pas structurées pour l’EAC. 
 

Pour les bibliothèques de types A et B, le CR2L Picardie émet des préconisations. Il convient d’abord de sensibiliser les élus dont Thierry Ducret considère que le rôle est de donner une impulsion, de favoriser les projets, de permettre le dialogue entre école et bibliothèque. Les rencontres interprofessionnelles entre les acteurs concernés sont nécessaires.
 

Les bibliothèques en action : faire de la culture sans le savoir ?


Une gestion de projet efficace (diagnostic, mise en œuvre des actions, communication, évaluation) est également un élément-clé de la réussite. La formation en direction des enseignants et des bibliothécaires doit permettre de renforcer les connaissances et les compétences, tout comme la création d’outils ressources sur l’EAC (guides, kit de communication, plateforme numérique).

Rappelons à ce sujet le rôle essentiel des bibliothèques départementales de prêt qui œuvrent à la professionnalisation de leurs réseaux. Comme le résume Thierry Ducret : « Les bibliothèques, qui sont un point d’entrée pour l’ensemble des disciplines artistiques et culturelles, disposent de nombreux atouts pour se positionner en acteurs incontournables de l’EAC. Elles n’ont aucun complexe à avoir et doivent au contraire se sentir légitimes pour cela. » 
 

Alexandra Oury

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais