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Moïse, rédacteur de la Constitution américaine, depuis le Sinaï

Nicolas Gary - 25.09.2014

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - Moïse Dix Commandements - Constitution américaine - influence écriture


On peut facilement accuser Moïse d'avoir, sur le Mont Sinaï, eu recours à de puissants psychotropes, pour revenir avec les cheveux blancs et des textes gravés dans le marbre. D'ailleurs, un scientifique ne s'en était pas privé. Sauf que jamais encore on n'avait prêté à Moïse la rédaction de la Constitution américaine. Et là, on se demande qui prend de la drogue...

 

 

Moses

Pascal, CC BY 2.0

 

 

« En ce qui concerne Moïse au Mont Sinaï, il s'agissait soit d'un évènement cosmique surnaturel auquel je ne crois pas, soit d'une légende à laquelle je ne crois pas non plus, soit enfin – c'est très probable – d'un évènement rassemblant Moïse et le peuple d'Israël sous l'effet de stupéfiants », expliquait Benny Shanon, professeur au Département de psychologie cognitive de l'Université hébraïque de Jérusalem, en mars 2008

 

Cette fois, c'est l'éditeur Pearson, géant international, qui se retrouve au cœur d'une vive controverse, dans l'État du Texas. Dans l'un de ses manuels scolaires, l'éditeur McGraw-Hill expliquait que Moïse, outre les Dix Commandements, avait également eu une incidence directe sur la rédaction de la Constitution américaine. 

 

À lire dans l'ouvrage : « Moïse a permis d'établir un système juridique, incluant les Dix Commandements, pour diriger son peuple. De même les fondateurs des États-Unis ont écrit la Constitution et mis en place un modèle de lois pour régir la vie des Américains. » On pourrait s'arrêter là, et considérer que le parallèle vaut ce qu'il vaut, puisqu'après tout, n'importe quel texte fondateur peut être ramené aux Dix Commandements, lesquels s'inscrivent dans la copie d'autres textes de loi plus anciens.

 

Sauf que.... « Ils [les auteurs de la Constitution] faisaient également partie d'une tradition qui a trouvé dans ces Dix commandements, un guide pour ce qui est du comportement moral. » Et là, soudain, ça coince.

 

Un groupe de pression texan, qui milite pour une éducation strictement axée sur le fait religieux, estime que Pearson a dépassé les bornes, donnant aux élèves l'impression fausse que Moïse avait exercé une certaine influence sur les Fondateurs. Selon le Texan Freedom Network Education Fund (TFNEF), la Constitution serait au contraire une réaction en opposition aux Dix Commandements. En somme, le texte des Fondateurs resterait honteusement païen, trop païen, pour le TFNEF.

 

Et Pearson de s'excuser platement. La période est difficile pour l'éditeur : il est actuellement soumis à une forte pression, pour assurer la signature de contrats avec les autorités de l'État texan. Ainsi, dans une réponse, il jure travailler « avec attention pour s'assurer que ses manuels pédagogiques sont conformes aux normes du Texas ». Et donc, réviser potentiellement ses livres pour qu'ils ressemblent plus à l'idéologie ambiante dans l'État ?

 

Avec 60 % du chiffre d'affaires réalisé en Amérique du Nord, et les trois quarts de ses ventes constituées de manuels solaires, l'éditeur n'a plus vraiment d'autre alternative que d'écouter les lobbyings religieux, manifestement. 

 

Sauf que, jouer la carte d'une nation judéo-chrétienne en créant une filiation directe entre Moïse et les Pères fondateurs n'était pas beaucoup plus malin de la part de McGraw-Hill. Quand les étudiants se révolteront, en comprenant que l'on confond plus facilement éducation et idéologie dans les ouvrages, et que l'endoctrinement est plus important pour mieux manipuler les masses...

 

Ah, pardon, on me dit que c'est de la science-fiction, tout cela...