Montesquieu, Histoire véritable : Le libraire au lecteur

La rédaction - 19.10.2016

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Booxup, application déjà connue pour avoir simplifié le partage et l’échange de livres entre utilisateurs, évolue. Désormais, elle propose une place de marché intégrée, pour vendre ou acheter de nouveaux livres. L’occasion pour ses fondateurs de partager leurs extraits favoris de livres... Aujourd’hui, Montesquieu. Eh oui !

 

 

Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla Suivre, CC BY 2.0

 

 

Il y avoit longtems que je cherchois à imprimer quelque livre bon, médiocre ou mauvais qui se vendît bien, afin de rétablir mon commerce qui est un peu délabré, depuis qu’un scavant du Mississipi m’achepta tout ce qu’il y avoit de livres dans ma boutique, et me paya en billets de banque qui ont péri entre mes mains.

 

Dieu fasse paix à ceux qui en sont la cause ! Un illustre de mes amis est entré dans mes vues, et m’a procuré ce petit ouvrage que j’ay l’honneur de présenter au public.

 

J’aurois fort souhaité que celuy qui l’a accommodé à nos mœurs, eût voulu, à ses risques et fortune, y insérer quelque trait qui eût un peu réfléchi sur les affaires du tems. Le lecteur ingénieux m’entend bien. Je le supplie d’examiner si, dans le récit de toutes ces aventures, il n’y auroit point quelque chose qui pût donner du crédit à mon livre, et faire ma petite fortune.

 

Ce n’est pas que je voulusse en mon particulier me brouiller ouvertement avec les magistrats ; je souhaiterois que l’attention du public fût réveillée et non pas la leur.

 

Un bel esprit[1] qui vient quelquefois dans ma boutique où nous l’écoutons beaucoup, soutenoit, l’autre jour, qu’il n’y avoit pas un mot de vray dans toute mon Histoire véritable. Ce qui luy a fait prendre cette opinion, c’est que mademoiselle de Scudéry s’est servie d’une idée à peu près pareille pour en orner un de ses romans.

 

D’ailleurs, les Aventures du mandarin Fun-Hoam ont été regardées comme fabuleuses par tous les critiques.

 

Je ne suis qu’un pauvre libraire et je ne scay guère bien ce qui en est ; mais le public peut achepter mon livre comme roman, s’il ne juge pas à propos de l’achepter comme histoire.

 

 

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Histoire véritable et autres fictions

de Montesquieu(Auteur)

La fiction apparaît chez Montesquieu comme un véritable mode de pensée, ou même d'expérimentation : libéré de toute entrave, parfois même sans que la publication soit envisagée de manière précise (elle pouvait connaître, comme pour l'Histoire véritable, des obstacles redoutables), il peut grâce à elle aborder tous les sujets, envisager frontalement les questions les plus ardues, tout en laissant intact le plaisir d'écrire et de lire. Tout écrit peut donc être investi d'une profondeur philosophique, et inversement la philosophie ne se concoit pas chez lui autrement que comme un exercice où l'esprit s'aiguise au contact des mots. C'est une pensée complexe, ondoyante, qui jamais ne se contente des apparences et encore moins des idées reçues, qui cherche toujours un nouveau moyen d'aborder le réel, de rendre compte de l'inexplicable, de saisir ce qui paraît rebelle à toute raison. Et pour cela, rien ne vaut l'imagination et la fantaisie qui se déploient dans le roman, le conte, l'apologue, la lettre, le dialogue, la fiction antique, le poème prétendument imité du grec, toutes ces formes diverses et voisines que l'on trouve rassemblées ici : opuscules qui, sauf exception, ne furent pas publiés de son vivant, brèves compositions conservées dans les Pensées en attendant un sort meilleur, ou extraits de plus vastes ensembles (comme les contes insérés dans les Lettres persanes), auxquels les éditeurs donnent ici leur pleine valeur. Cette formule, on l'a reconnue : c'est celle du "conte philosophique", qu'il faut se garder d'identifier avec la production du seul Voltaire. Ainsi s'impose le modèle d'une écriture "totale", qui permet d'incorporer dans la même trame, comme le fait le chef d'oeuvre du genre, l'Histoire véritable, la satire sociale et les considérations morales comme la réflexion politique et philosophique, le tout sur un ton allègre qui permet de détourner en les pastichant toutes les règles du genre. Comme les personnages éponymes des fictions antiques, le héros ou anti-héros est revenu de tout. Son expérience est celle de toute une humanité, conçue dans sa plus grande diversité. Dans une France où, en 1737, sous l'influence des autorités religieuses, le pouvoir n'a pas trouvé d'autre moyen pour restaurer la morale publique que d'interdire les romans, Montesquieu défend l'idée qu'on y trouve au contraire le meilleur moyen de rendre meilleurs l'individu et la société. Toujours soucieux de rendre compte du réel, Montesquieu sait que la fiction devient alors le meilleur moyen d'agir sur le monde.

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