Muse du Surréalisme, Nusch Eluard entrera dans le domaine public en 2017

Victor De Sepausy - 29.12.2016

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Au cours du mois de décembre, le collectif SavoirsCom1 a proposé quotidiennement de redécouvrir une personnalité dont l’œuvre entrera dans le domaine public en 2017. C’est une figure toute particulière, au croisement de la poésie, du dessin, de la photographie et de la peinture qui est aujourd’hui mise à l’honneur : Nusch Eluard, épouse du poète, et Muse du Surréalisme.

 

 

 

Nusch Eluard fait partie de ces personnages féminins que l’on appelle « muses », dont regorge l’histoire de l’art, et plus particulièrement les muses du surréalisme, comme Dora Maar, Lee Miller ou Valentine Hugo. Si Nusch, de son vrai nom Maria Benz, n’a pas eu l’activité artistique de ces trois femmes et s’est souvent contentée d’exercer le métier de « compagne d’écrivain », elle est tout de même l’auteur de quelques collages.

 

Ces collages, qui représentent des femmes nues, datent d’un épisode dépressif de 1937 et ont retrouvés et publiés par Timothy Baum (le fonds Eluard du Musée de Saint-Denis en conserve aussi quelques-uns). Si l’on en croit ses contemporains, comme les rares commentateurs actuels, c’est de sa vie que Nusch a fait une œuvre d’art.

 

Née en 1906, Nusch est alsacienne et, après été modèle et actrice en Allemagne, elle arrive à Paris en 1928 et vit d’expédients dans des petits théâtres de boulevards, et semble-t-il de prostitution. Une chose est sûre : elle rencontre Paul Eluard, dont elle est un peu la « Nadja », la rencontre choc et décisive, le 21 mai 1930. Cette apparition presque magique devant les Galeries Lafayette a fait l’objet de nombreux récits (voir notamment le livre que Chantal Vieuille a consacré à Nusch, Portrait d’une muse du Surréalisme, en 2010).

 

Nusch devient alors à la fois la muse, la maîtresse puis l’épouse soumise (elle épouse Eluard en 1934) et une femme à la sexualité libérée, voire débridée, qu’Eluard se plaît à partager, comme il avait auparavant partagé Gala, avec Max Ernst notamment (voir sur ces matières encore peu connues le long article en ligne de Lionel Labosse).

 

C’est notamment avec Man Ray qu’Eluard et Nusch vont former un ménage à trois, aventure érotique et amoureuse dont l’histoire des arts gardera un joyau de l’édition française de l’entre-deux-guerres, Facile, édité en 1935 par GLM, ouvrage où les poèmes d’Eluard rencontrent les photographies de Man Ray représentant Nusch nue (voir l’article de Jean-Pierre Montier sur ce livre). La collaboration se poursuivra en 1937 avec Les Mains libres. Cette liberté surréaliste, Nusch l’incarne alors à merveille, elle qui, selon tous les témoignages, irradiait aussi la joie de vivre. Outre Man Ray, Nusch posera aussi Dora Maar et pour Picasso.

 

Nusch meurt en 1946 d’une attaque cérébrale. Nusch, déjà chantée dans le recueil La Vie immédiate d’Eluard (1932), devient alors une sorte de muse post-mortem dans le recueil Le Temps déborde, qu’Eluard publie en 1947 et dans lequel on lit ces quelques vers sans titre :

 

« Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice »

(Voir aussi « Notre vie » dans le même recueil)

 

Dans le livre qu’elle lui consacre, Chantal Vieuille insiste sur le paradoxe entre sa discrétion et son effacement de scène artistique et le fait qu’elle « incarne la femme la plus célébrée du mouvement des surréalistes, comme muse, comme modèle, comme artiste » (p. 79). Nusch est aussi, en raison de sa mort précoce, à 40 ans à peine, l’une des premières surréalistes à entrer dans le domaine public !

 

Fiche réalisée par Anne Reverseau