Najat Vallaud-Belkacem à la recherche du gay savoir

Clément Solym - 05.11.2012

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - homosexualité - programmes scolaires - Najat Bellaud-Velkacem


La ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle dégainé un peu trop hâtivement son plan contre l'homophobie ? Son projet, présenté en conseil des ministres, fin octobre, mettait en avant le respect des droits pour les personnes LGBT - Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres. Et ce, notamment au travers « d'un travail de recueil et d'analyse, et d'une publication annuelle ».

 

 

Convention nationale rénovation- Najat Vallaud-Belkacem

Parti socialiste, (CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Fort bien, et évidemment,  tout à fait louable. D'autant plus que la ministre souhaite s'attaquer aux questions des programmes scolaires, en accordant plus de place aux questions LGBT. Ainsi, pour les enseignants, il reviendra d'accorder une place plus importante qu'actuellement :

s'appuyer sur la jeunesse pour faire évoluer les mentalités : les questions liées à l'orientation sexuelle seront davantage abordées dans les programmes scolaires. Les personnels intégreront ces questions dans leur enseignement, en relation avec les thématiques abordées en cours, et avec des approches différenciées, du primaire au lycée. Les associations qui proposent des interventions en milieu scolaire contre l'homophobie feront l'objet d'un agrément national ;

 

Mais la ministre ne s'est pas arrêtée en si bon  chemin et dans un entretien accordé au magazine Têtu, la voilà qui dérape : « Aujourd'hui, ces manuels s'obstinent à passer sous silence l'orientation LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur oeuvre comme Rimbaud. »

 

Ce qui était une bonne intention devient alors une boulette. Outre que définir l'homosexualité comme un facteur déterminant dans l'oeuvre de Rimbaud démontre surtout une méconnaissance de l'oeuvre du poète, Najat Vallaud Belkacem se prend les pieds dans le tapis rouge qu'elle comptait pourtant dérouler. 

 

Alors, se tournant du côté de la conseillère en communication de ladite ministre, on découvre une certaine Caroline de Haas, cofondatrice du mouvement Osez le féminisme - et porte-parole. C'est elle qui serait à l'origine de la brillante idée. Il est assez facile de railler en soulignant que Proust, Gide et d'autres seraient assez propice à un logo LGBT, certes, mais derière l'exercice de provocation, c'est avant tout une révision sinon sinistre, du moins indélicate de la lecture des oeuvres.

 

Dire que Rimbaud et Verlaine eurent une liaison, certes, mais devra-t-on aller jusqu'à rappeler que Verlaine avait un micro-pénis ? C'est dans Rage Mag que l'on sent bien tout l'enjeu d'une pareil absurdité : 

Tout cela n'est pas sérieux et n'est que la preuve de l'ignorance littéraire d'un nombre croissant de nos élites politiques. Le fait d'accoler le sigle « LGBT » à l'auteur d'Une saison en enfer est un anachronisme flagrant et participe d'une volonté de laver les cerveaux. Du révisionnisme poétique. Un bel exemple de novlangue dont Orwell se serait délecté afin de conformer le passé à sa vision libérale-libertaire. Imposer ce diktat dans les manuels scolaires revient d'une part à inculquer cette idéologie aux futures générations, et d'autre part à leur apprendre une bien mauvaise manière d'appréhender la littérature.

 

Que les manuels scolaires se rassurent, l'idée est bonne, que d'accepter la sexualité des auteurs dans les salles de classe, et de donner aux enseignants une nécessaire caution pour qu'ils puissent ouvertement en parler. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres...