Najat Vallaud-Belkacem s'engage à rendre leur place aux auteures

Nicolas Gary - 14.05.2016

Patrimoine et éducation - Scolarité France - place femmes littérature - Najat Vallaud Belkacem - programme littérature femmes


Coup double pour la pétition lancée récemment par une enseignante de français d’Alfortville : déplorant que jamais une auteure femme n’ait figuré au programme de littérature pour les sections L, elle interpellait la ministre, Najat Vallaud-Belkacem. Soucieuse de ce que le texte ait recueilli près de 20.000 signatures, cette dernière est intervenue pour rappeler ses prises de position quant à « la question de la place des femmes, de leur image ». 

 

Ségolène Royal et Najat Vallaud Belkacem dans les espaces Générations climat / Ségolène Royal and Najat Vallaud Belkacem in the climate Generations areas

COP Paris, domaine public

 

 

Cela a débuté avec une réponse faisant suite directement à la pétition, où la ministre revenait sur ses actions passées : en octobre 2015, suite à une polémique vivace, elle avait « souhaité que les éditeurs de manuels scolaires prêtent une attention soutenue à ne pas porter ou conforter des stéréotypes préjudiciables à l’égalité filles-garçons ». De même, la ministre s’est engagée pour une plus grande parité entre les recteurs et les rectrices d’académie.

 

Toutefois, il faut nuancer : il semble que depuis 2002, aucune auteure n’ait été inscrite au programme littéraire de la série L. Dans sa pétition, Françoise Cahen soulignait l’absence d’ouvrages écrits par des femmes au programme officiel du baccalauréat en terminale littéraire. « Nous ne demandons pas la parité entre hommes et femmes. Nous aimerions que les grandes écrivaines soient aussi régulièrement un objet d’étude pour nos élèves. »

 

Depuis 2012, le programme de l’enseignement de littérature en classe de terminale de la série L fixe deux domaines d’étude choisis pour l’amplitude et la variété des champs d’investigation qu’ils autorisent. Un programme limitatif d’œuvres, en lien avec chacun de ces domaines, fait l’objet d’une publication au Bulletin officiel de l’Éducation nationale (BOEN). Ce programme est renouvelé par moitié tous les ans et constitue un ancrage à la réflexion sur le domaine étudié. Najat Vallaud-Belkacem

 

 

La ministre demande que désormais, dans les critères de choix et de sélection des œuvres retenues pour les programmes, « la place respective des auteures et des auteurs soit ajoutée ». De la sorte, les « œuvres des auteures femmes puissent être étudiées ». Et gare aux examinateurs : « Un travail de sensibilisation sera par ailleurs mené afin que ce critère soit aussi retenu dans le choix des textes sélectionnés pour les sujets d’examens. »

 

Dans un communiqué très officiel, la ministre a également recontextualisé les critères en question : 

  • d’ordre littéraire et esthétique, 
  • la longueur des textes, 
  • l’accessibilité et la difficulté des œuvres pour les élèves de terminale dans la perspective de l’examen, 
  • les choix effectués les années précédentes pour varier les approches (genres et périodes)

 

 

Le problème est que cette « place respective des auteures et des auteurs » n’a pas beaucoup de sens, voire ne signifie rien de bien concret. Et comme il semble impensable d’imposer des quotas, sous peine de soulever des huées et d’autres pétitions, on comprend que la ministre s’en est sortie aussi bien que possible.  

Le collectif La Barbe, groupe d’action féministe qui s’était fait entendre à plusieurs reprises – notamment pour perturber la remise du phallocratique prix Goncourt – n’a pas manqué l’occasion. Profitant de la pétition, il a dégainé un tweet qui renverra les Immortels à leurs couches-culottes :