Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur,​ “déloyale” recette pour le tourisme 

Camille Cado - 14.03.2019

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Dans une des lettres de Harper Lee à un vieil ami, la romancière américaine déplore l'utilisation de son célèbre roman Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird trad. Germaine Béraud, le Livre contemporain) pour promouvoir sa ville natale, Moroeville en Alabama. L'auteure condamne la contrée de son enfance pour l'avoir transformée en une « attraction touristique ». La lettre s'est récemment vendue aux enchères avec d'autres archives pour près de 20.000 £.

Harper Lee qui reçoit la médaille présidentielle de la Liberté du président George W. Bush en 2007 - crédit : domaine public


Harper Lee est née le 28 avril 1926 à Monroeville dans l'Alabama et morte le 19 février 2016 dans la même ville. Dans sa correspondance, elle s'insurge de la mutation que connaît sa ville natale, à laquelle elle était très attachée. « Ce qui était autrefois une ville minuscule peuplée de personnes importantes est maintenant six fois plus grande et occupée par d’épouvantables habitants ».
 

Un succès exploité à des fins touristiques


Dans cette lettre écrite en 1993 et destinée à Charles Weldon Carruth, l'auteure pointe « l'hypocrisie des habitants » qui se servent de son ouvrage. Elle explique par exemple que les résidents collectent des fonds pour restaurer l'ancien palais de justice de la ville. Selon Harper Lee, c'est un attrait déloyal de leur part puisqu'il repose uniquement sur la vocation touristique du palais qui a servi de modèle dans le film adapté de son roman (Du silence et des ombres, réalisé par Robert Mulligan en 1962). Sans cela, insinue-t-elle, ils ne se seront jamais préoccupés de cette restauration. 

Elle raconte également son abomination pour les panneaux d’affichage érigés autour de la ville qui représente le palais de justice aux côtés de l’image d’un oiseau moqueur. « Lorsque j'ai vu cela, j'ai failli avoir une crise », écrit-elle. 

« Les gens vont parcourir des kilomètres pour découvrir cette ville du comté de Monroe, en réalité constituée principalement de magasins qui vendent des couettes miteuses, et de la canne de Mr Pone McNeil fabriquée à partir d'un cyprès », s'insurge-t-elle. 

« Les hypocrites responsables disent qu'ils le font pour moi, pour m'honorer. Ce qu'ils font en réalité, c'est essayer de me noyer dans leur propre mauvaise foi et cela me gêne beaucoup ».
 

"Une lettre brûlante"


En 2013, la lauréate du prix Pulitzer avait même intenté un procès contre le musée de la ville, qui attire 30 000 visiteurs par an, l'accusant d'exploiter sa renommée sans la dédommager.

La lettre a été mise en vente par les enchères Bonhams. Elle appartient à un ensemble de documents plus larges comprenant d'autres correspondances ainsi qu'une série de caricatures du Roi Lear, d'Othello et Jules César. Ces archives datent de l'époque de Lee à l'Université de l'Alabama où elle éditait le magazine humoristique du campus Rammer Jammer.
La maison de ventes Bonhams a déclaré que le document était  « une lettre brûlante sur la monétisation de l'oiseau moqueur à Monroeville. Une lettre à la fois aimante et virulente, d'une dure honnêteté, dont on ne peut faire preuve qu'avec des amis très proches ».

La collection de documents a été vendue pour 19 158 £. 


Via The Guardian


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