Nick Gibb : entre indigestion et conservatisme éducatif

Clément Solym - 08.02.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Nick Gibb - Education - Grande-Bretagne


Un mois après avoir fait dévorer des livres dans les Happy Meal, le ministre britannique de l'Éducation se met encore en évidence. Mais que passe-t-il donc par la tête de Nick Gibb ? Est-ce le froid qui lui gèle ses connexions neuronales ? Ou la fébrilité en perspective des Jeux olympiques de l'été prochain ? Quoi qu'il en soit, la dernière initiative en date du ministère promet de faire des vagues.

 

Même si ça peut sembler partir d'un bon sentiment, à savoir redonner aux rejetons britanniques l'envie de lire, le lancement d'un concours national récompensant les élèves qui lisent le plus rappelle dangereusement l'exhibition de gloutonnerie de la foire au boudin de Mortargne-au-Perche. Tout comme lors de cette dernière, l'élève gagnant est celui qui aura avalé le plus de livres dans le temps imparti. L'enfer est pavé de bonnes intentions comme disait l'autre. On ne sait pas ici si c'est effectivement l'enfer, mais force est de constater qu'une telle initiative risque de se terminer par une indigestion.

 

Charrue, boeufs et élèves récalcitrants

 

S'appuyant sur sa bonne volonté et son désir de bien faire Nick Gibb assure : « Les enfants devraient toujours avoir un livre sous la main. La différence de réussite entre les élèves qui lisent une demi-heure par jour et ceux qui ne le font pas est énorme. Autant qu'une année scolaire à l'âge de quinze ans ». Et donc, la solution est toute trouvée, motiver les élèves à lire par une compétition à l'échelle nationale, avec remise de prix et tout le tintouin. « Le concours est conçu pour encourager, par la concurrence, les élèves récalcitrants aux livres ». Parce oui, il y a un groupe d'élèves récalcitrants, ceux « qui peuvent lire mais ne le font pas ».

 

 

Le retour aux bonnes vieilles méthodes qu'on vous dit !

 

Mais la mesure a déjà ses détracteurs, Stephen Twigg, chargé de l'éducation au Parti travailliste, rappelle que le gouvernement avait auparavant largement coupé dans les budgets de l'éducation et donc que cette mesure fait passer la charrue avant les bœufs. Un débat qui poursuit Nick Gibb depuis sa prise de fonction en 2010. Les enseignants britanniques lui reprochent depuis deux ans de favoriser la forme plutôt que le fond. Une polémique qui avait atteint son paroxysme lors des débats féroces qui avaient suivi la mise en place de nombreux concours et jeux nationaux dans les écoles. Les professeurs estimaient alors que le ministère privilégiait la formation en vue des concours et non plus l'apprentissage et les cours eux-mêmes.

 

Musique et chimie, même combat : Rigueur, rigueur, rigueur.

 

Ce n'est ici qu'un échantillon des critiques acerbes auxquelles le ministre doit faire face depuis son arrivée au gouvernement. Certains pédagogues de premier plan pensent ses idées complètement archaïques et les décrivent comme « des impossibles reconstructions de ce qui se faisait dans les années 50 ». Il a notamment réintroduit l'usage de la force par les professeurs, « pour inverser le rapport » avait-il expliqué à l'époque.

 

Vous l'aurez compris, pour un membre du Parti conservateur, Nick Gibb ne fait pas dans la demi-mesure donc et ses déclarations sont là pour le prouver. C'est sa propre expérience qu'il élève au pinacle et qui servira d'exemple aux générations futures. À propos de son éducation : « C'était la meilleure, c'était la plus rigoureuse. Chaque leçon l'était, même la musique : elle était enseignée de la même manière que la chimie ».

 

Mais toute cette volonté et ce désir d'ordre et de rigueur ne peuvent pas être innés. Il doit ses idées en matière d'éducation à sa mère Eileen et ses trente-huit années d'expérience en écoles primaires. Souvent dans l'ombre, il n'est d'ailleurs pas rare de l'apercevoir derrière l'estrade après un meeting de son petit Nick.

 

Décidément, c'est toujours une Dame de Fer qui tire les ficelles dans le royaume.