Nouvelle-Zélande : la Tapisserie de Bayeux inspire une monumentale mosaïque

Marie Lebert - 05.10.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Tapisserie Bayeux histoire - mosaïque Nouvelle Zélande - travail reconstitution historique


À Geraldine, en Nouvelle-Zélande, Michael Linton (en tant que réalisateur) et sa fille Rachael (en tant que designer) se lancent en 1979 dans une mosaïque représentant la Tapisserie de Bayeux et constituée de pièces d’acier de 7 millimètres carrés découpées pour l’occasion. Suivent deux autres projets connexes. 33 ans plus tard, la mosaïque terminée comprend 3 millions de pièces d’acier. La Medieval Mosaic est actuellement exposée en Angleterre.

 

 

 

Les pièces utilisées proviennent de disques d’acier produisant les motifs des tricots sur un très grand métier à tricoter industriel, désormais obsolète. Chaque disque d’acier comprend lui-même de nombreuses extrémités composées chacune de 72 dents ou 84 dents selon les disques. Ce sont ces dents, découpées manuellement l’une après l’autre, qui vont donner les 3 millions de pièces d’acier nécessaires à cette œuvre monumentale produite sur 33 ans.

 

Après avoir été nettoyées au white spirit, les pièces découpées sont disposées par petites surfaces sur un ruban de masquage. De nombreuses années sont nécessaires pour constituer ce canevas de métal sur le temps libre de Michael, par ailleurs fabricant et vendeur de pull-overs à Geraldine avec son épouse Gillian. Michael et sa fille Rachael se documentent également pendant huit ans sur la Tapisserie de Bayeux et l’histoire de cette période.

 

Lorsque les panneaux supportant le canevas de métal sont prêts, ils sont enduits de cirage noir pour remplir les espaces entre les pièces et constituer un fond uniforme. Rachael a préparé un calque avec la reproduction de la Tapisserie de Bayeux, pour report sur la mosaïque.

 

Une esquisse des motifs est peinte sur la mosaïque avec un trait d’émail noir. Vient ensuite la peinture des surfaces en utilisant huit émaux de couleur proches des couleurs de la tapisserie (argent, or, rouge, vert, vert clair, bleu marine, bleu clair et noir). Les couleurs sont ajoutées une à une sur les panneaux, à savoir la première couleur sur tous les panneaux et ainsi de suite, pour ne pas avoir à laver les pinceaux et pour ajouter à la qualité de l’ensemble, en débutant par la couleur argent (une année de travail), puis la couleur or (deux années de travail), puis la couleur rouge (une année de travail) et ainsi de suite. S’ensuivent trois couches de vernis polyuréthane (deux couches fines puis une couche épaisse) pour protéger le tout.

 

Vingt ans de travail — entre 1979 et 1999 — pour la reproduction de la Tapisserie de Bayeux sur 34 mètres de long et 30 centimètres de large. En octobre 2001, la mosaïque est exposée en permanence à Geraldine dans une salle aménagée à cet effet.

 

La fin manquante de la Tapisserie de Bayeux recréée à Aurigny 

 

S’ajoute ensuite la fin imaginaire de la Tapisserie de Bayeux, sur huit mètres, y compris le couronnement de Guillaume le Conquérant à Londres comme roi d’Angleterre, à savoir cinq ans de travail supplémentaire — entre 1999 et 2004 — et l’exposition de cette fin imaginaire à la suite de la première réalisation. 

 

S’ajoute enfin un troisième projet de 22 mètres (composé lui-même de 400.000 pièces d’acier) ayant lui-même demandé huit années supplémentaires de travail — entre 2004 et 2012 — pour illustrer dans la même veine les batailles de Fulford (20 septembre 1066) et de Stamford Bridge (25 septembre 1066), à savoir les deux batailles ayant précédé la Bataille de Hastings (14 octobre 1066), qui n’apparaissent pas dans la Tapisserie de Bayeux originale. L’exposition de cette troisième réalisation débute le 20 septembre 2012, à côté des deux réalisations précédentes.

 

 

 

Suivant la tradition médiévale, Michael et Rachael ajoutent des puzzles mathématiques imbriqués dans la mosaïque (soit 10.000 pièces pour les puzzles), qui sont à décoder par le public. Ce type de puzzles était en effet un passe-temps apprécié dans les temps médiévaux.

 

Le tout représente 33 ans de travail, à savoir : 

(1) vingt ans de travail (1979-1999) pour la reproduction de Tapisserie de Bayeux (18 panneaux et demi, 33,8 mètres de long, 230 kilos) ;

(2) cinq ans de travail (2000-2004) pour la conception et la création de la fin manquante de la Tapisserie de Bayeux (4 panneaux et demi, 8 mètres de long, 60 kilos) ;

(3) huit ans de travail (2004-2012) pour la réalisation complémentaire des batailles de Fulford et de Stamford Bridge (12 panneaux, 22 mètres de long, 160 kilos).

 

Les trois volets de cette mosaïque en acier représentent 3 millions de pièces de métal et 35 panneaux avec cadre d’aluminium (sur 64 mètres de long et 30 centimètres de large), le tout pesant 450 kilos. La mosaïque de Michael Linton rejoint le Livre Guinness des Records en 2005 en tant que plus grande mosaïque en acier au monde.

 

En 2016, la mosaïque — dénommée « 1066 : A Medieval Mosaic » — entame son premier long voyage intercontinental. Elle franchit les 18.700 kilomètres séparant la Nouvelle-Zélande de l’Angleterre pour être exposée dans la crypte de l’église de Hastings entre le 13 août et le 28 octobre lors des célébrations du 950e anniversaire de la Bataille de Hastings. 

 

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