Numérisation, BnF et rue de Valois : il y a des silences moins effrayants

Clément Solym - 17.07.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - numérisation à la BnF - conservation du patrimoine - BnF Partenariats


Il était impératif de laisser un peu de temps au temps, après les révélations dispensées par notre saga Actualeaks consacrée à la numérisation au sein de la Bibliothèque nationale de France. La création de la filiale BnF Partenariats n'a pour but que l'exploitation commerciale des oeuvres numérisées, et la protection d'une exclusivité qui court sur 10 ans.


Visite du président de la République à Avignon le 15 juillet 2012

François Hollande, suivi par Aurélie Filippetti, dans la cohue d'Avignon

Crédit Cécile HELLE, vice-Pdte de la Région PACA


 

Quelle n'a pas été notre surprise lorsque, le vendredi 13 au matin, toute la rédaction a découvert que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, se prononçait « contre la numérisation au profit des opérateurs privés », d'après un article du site de la CGT BnF qui reprenait des propos tenus lors du comité technique ministériel. Exactement le sujet de notre dossier : pour une fois que le gouvernement était raccord avec les sujets traités...

 

« Faisant le constat que les gouvernements précédents en matière culturelle avaient démantelé au lieu de construire et opposé au lieu de rassembler, la ministre a solennellement déclaré que la culture soit désormais au centre des politiques publiques en redonnant pleinement un sens aux missions du ministère » peut-on lire sur le site. Si la ministre n'a pas explicitement fait référence à BnF Partenariats, elle a vilipendé « la création de filiale [...], rejetant catégoriquement l'idée que les investissements pour la numérisation engagés par la puissance publique puissent se faire au profit des opérateurs privés pour leur commercialisation ». Ça semblait donc plutôt mal barré pour BnF Partenariats...

 

Ni une, ni deux, c'est avec un enthousiasme non dissimulé que nous avons contacté le ministère pour évoquer la situation de la BnF, nous prêtant même docilement à « l'envoi de mail » tellement prisé par l'administration. Le week-end se passe, la ministre est à Avignon, le président aussi. (voir notre actualitté)

 

Le début de semaine sera rythmé par les appels au standard du ministère, avant que l'on ne nous signifie clairement que le ministère « ne veut pas communiquer sur le sujet ». D'après un responsable CGT contacté par ActuaLitté, la ministre « aurait jeté un pavé dans la mare en s'exprimant sur un dossier qu'elle n'avait peut-être pas suivi depuis le début ». Un nouveau couac donc, après la taxe des écrans d'ordinateur ou le budget de la Culture. Essaierait-on de museler une voix dissonante au sein du gouvernement ? Gare au syndrome Nicole Bricq...

 

En effet, François Hollande avait été reçu en mai dernier, au lendemain de son élection, entre les murs de la BnF : Bruno Racine, qui brigue un troisième mandat à la tête de l'établissement, avait alors endossé avec plaisir le rôle de courtisan : « Oui, on peut dire qu'il faisait des courbettes à Hollande », nous précisait à l'époque une personne présente. « Ça avait quelque chose d'obscène, j'avoue. » (voir notre actualitté)

 

Et ce week-end, rebelote : on apprend que Bruno Racine était présent à la maison Jean-Vilar d'Avignon, prêt à rencontrer, fortuitement, cela va sans dire, le président et sa ministre de la Culture... Histoire de vérifier que les gardes-côtes se tiennent loin du Paquebot ? Le processus de numérisation public privé garde en tout cas le cap : la filiale procède actuellement à des « recrutements », nous indique une source.