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Numérisation du bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy, trésor du XIVe siècle

Cécile Mazin - 23.01.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - bréviaire royal de Saint-Louis - Saint-Louis de Poissy, - numérisation bréviaire royal


La société Numen Digital vient d’annoncer qu’elle procédait à la numérisation d’un véritable bijou patrimonial. Le bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy sera en effet passé sous les scanners.

 

 

 

Ce manuscrit exceptionnel a été classé Trésor national par le ministre de la Culture et de la Communication en octobre 2014. Présentant un intérêt majeur à la fois artistique, historique et scientifique, ce bréviaire est en cours de numérisation par Numen Digital dans le cadre du projet Collections Spécialisées en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France. Il sera prochainement consultable sur Gallica.

 

Un trésor du patrimoine français

 

Ce bréviaire, réalisé au début du 14ème siècle vers 1310 est une commande royale de Philippe le Bel pour promouvoir le culte de son aïeul, le très populaire et pieux souverain capétien Saint-Louis qui fut canonisé en 1297.

 

Il s’agit d’un ouvrage de religion catholique lu par les moines et les clercs qui comporte l’ensemble des textes destinés à la prière quotidienne des chrétiens, on le prénomme également la liturgie des heures.

Le manuscrit (176 x 115 mm) est composé de 600 feuillets en parchemin très fin et est écrit en latin.

 

Il a été peint par Richard de Verdun, gendre de Maître Honoré, enlumineur du roi, le plus célèbre de la fin du 13ème siècle. Aussi, dans l’histoire de l’art c’est une richesse inestimable puisqu’il fait enfin la charnière entre le bréviaire de Philippe le Bel enluminé par Maître Honoré et le bréviaire de Belleville peint par Jean Pucelle vers 1323-1326, deux œuvres majeures dans l’enluminure française qui sont conservées à la BnF.

 

Sur le plan historique le bréviaire de Saint-Louis de Poissy présente également un intérêt primordial. En effet, il met en scène la plus ancienne représentation des reliques de la Sainte-Chapelle et est l’unique témoin du culte de Saint-Louis comme protecteur de la famille royale.

 

Plusieurs illustrations et textes montrent la grande dévotion de Philippe le Bel pour son grand-père, notamment une représentation de la vénération du roi pour la relique de Saint-Louis.

 

La Bible de Gutenberg, numérisée en haute résolution, dans Gallica

 

Les peintures de ce bréviaire en font un véritable « reportage photographique » d’il y a 700 ans avec, par exemple, le cycle iconographique des moments importants de la vie de Saint-Louis ou une illustration très rare des reliques de la Sainte-Chapelle.

 

Une acquisition récente de la BnF

 

Cette œuvre, déclarée comme un trésor national puisqu’elle présente un intérêt patrimonial indéniable, devait absolument rester sur le territoire français. C’est pourquoi la Bibliothèque nationale de France a lancé une souscription le 25 août 2015 afin de réunir une partie de la somme nécessaire à son acquisition, le prix total s’élevant à 1,5 million d’euros. Cette grande entreprise de mécénat public a été menée par Bruno Racine, ancien Président de la BnF.

 

L’institution a atteint son objectif puisque le bréviaire de Saint-Louis est venu enrichir les collections nationales l’année dernière. La numérisation de ce manuscrit est une demande de la présidence de la BnF qui va permettre de le rendre accessible à tous sous une forme numérique puisqu’il n’est pas communicable au public en raison de sa fragilité.

 

 

 

« La numérisation de ce manuscrit royal, qui est un véritable trésor national, va permettre de le mettre à disposition au monde entier et de le consulter chez soi », souligne un conservateur au département des Manuscrits.

 

Une numérisation précise

 

Une des difficultés pour sa numérisation réside dans le fait d’utiliser le moins possible la vitre, qui permet habituellement d’aplanir les feuillets, tout en ne provoquant pas de perte d'information en fonds de cahier, riches en textes et décors. Dans ses préconisations, la BnF souhaitait également une utilisation réduite du cache blanc tous les 50-60 feuillets pour limiter au maximum les frottements et s’assurer que l'encre ne se déporte pas sur le cache ou la vitre.

 

Tout l’enjeu de la prise de vues de ce bréviaire réside dans l'adaptation nécessaire aux contraintes exceptionnelles d'un manuscrit de cette nature - aussi fragile que précieux - en maintenant l’homogénéité et la qualité des images issues de la capture d’un feuillet à un autre. Numériser un tel ouvrage est à chaque fois un challenge, tant sur les questions techniques que sur les méthodologies employées, pour respecter l’intégrité du manuscrit et la fidélité de sa représentation numérique.

 

Par ailleurs, chaque feuillet du manuscrit NAL3255 a été manipulé avec beaucoup de précaution et de dextérité par un opérateur expérimenté qui s’est attaché à ne jamais mettre un doigt (même ganté) sur le texte ou les enluminures.

 

Ce bréviaire a été numérisé à 600 DPI, permettant d’apprécier les détails des enluminures et notamment des grotesques dans les marges (petits personnages ou animaux comme des singes ou des dragons) ainsi que des scénettes inscrites au bout des baguettes décoratives.

 

Grâce à une maîtrise de l’utilisation judicieuse des sources lumineuses, la prise de vue sur banc photo a permis de faire ressortir les ors très présents sur les feuillets, tout en restant le plus fidèle possible au manuscrit original.