Numériser les manuscrits de Tombouctou : la BnF propose son aide

Nicolas Gary - 02.02.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - manuscrits de Tombouctou - numérisation - aide de la BnF


La situation de guerre que vit le Mali invite à tous les élans de solidarité. Et dans le domaine de la culture, c'est la Bibliothèque nationale de France qui est intervenue, en proposant son aide. Si aujourd'hui, la quasi-totalité des manuscrits de Tombouctou semble mise à l'abri, avec une grande majorité sauvée des pillages ou du vandalisme, l'entreprise de numérisation est encore à achever. 

 

 

Timbuktu Mud Mosque, Mali, W. Africa

Tombouctou, mosquée

emilio labrador, (CC BY 2.0)

 

 

À ce jour, donc, sur les milliers exemplaires disponibles, 90 % seraient préservés et les chercheurs de l'ENS et de l'INSA ne ménagent pas leur temps pour arriver à numériser les documents en question. Shamil Jeppie, directeur du projet de conservation de ces manuscrits, situé en Afrique du Sud, à l'université du Cap, explique : « En fait, on a beaucoup exagéré. Il y a eu des dégâts et certains objets ont été détruits ou volés, mais beaucoup moins que ce qu'on a dit dans un premier temps. »

 

C'est qu'à l'approche du danger, les archivistes de même que les conservateurs avaient déjà commencé à déplacer les oeuvres. Ainsi, durant les premiers mois de l'occupation islamistes, dans le Nord du pays, Bamako a commencé à accueillir des manuscrits, transférés vers la capitale pour les préserver. 

 

Dans ce contexte, la BnF tiendrait à apporter son soutien : « La BnF se tient prête à apporter son aide à l'Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba, gravement touché par les événements récents, en accord avec les autorités maliennes et françaises, lorsque la situation le permettra », explique l'établissement dans un communiqué. 

 

Les livres en questions remontent aux XVe et XVIe siècles, quand la cité de Tombouctou était devenue une capitale culturelle et spirituelle pour l'islam, rayonnant dans l'ensemble de l'Afrique. À cette époque, près de 25.000 étudiants affluaient pour découvrir les textes. Parmi les plus anciens de ces textes, on en retrouve qui remonterait au XIIe siècle, à l'ère pré-islamique. 

 

« Dans un premier temps et face à l'urgence, elle peut collaborer au diagnostic des dommages, envoyer les fournitures nécessaires au reconditionnement des ouvrages et à leur restauration, aider sur place à la conservation ou à la restauration des documents endommagés », ajoute la BnF. Et d'ajouter qu'elle  est toute disposée à travailler avec l'Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba, lequel a été « gravement touché par les événements récents, en accord avec les autorités maliennes et françaises, lorsque la situation le permettra ». 

 

Entre 100 et 900.000 manuscrits de Tombouctou seraient à numériser, selon les chercheurs, alors que les opérations ont déjà commencé depuis quelques années. Le fait est que chacun d'entre eux peut valoir entre une centaine et quelques dizaines de milliers d'euros, chose qui avait laissé croire le pire pour ce patrimoine culturel mondial.

 

Reste que, du côté de la BnF, ce genre d'engagement ne coûte pas bien cher et permet de tenter de détourner l'attention de l'actuelle exploitation commerciale du domaine public, telle que son président, Bruno Racine, est en train de la mener. Mais peut-être que les manuscrits de Tombouctou représentent un intérêt commercial également...