Numériser toute la mémoire du monde sur l'Internet Archive

Clément Solym - 05.03.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - conservation - numérisation - Internet Archive


En arrivant sur la page d'accueil de The Internet Archive, les nombres sautent aux yeux : 622 000 films, 100 000 concerts enregistrés, 1 million de fichiers audio et un peu plus de 3 millions de livres sont proposés au visiteur. En 16 ans d'existence, l'Internet Archive a collecté sans répit, mais son fondateur Brewster Kahle voit loin, et très grand.

 

Depuis que MegaUpload a fermé, impossible de se mettre un film sous les yeux si d'aventure on aurait oublié de faire provision de DVD. Et la réserve de classiques préenregistrés dans le Kindle fond comme neige au soleil... Dites bonjour à un site qui vous veut du bien, et en toute légalité : Internet Archive, une nouvelle pépite pour les prospecteurs de biens culturels en accès libre.

 

En septembre dernier, Internet Archive annonçait un total de 3 millions de livres en ligne (voir notre actualitté), et faisait passer un signal fort : la conservation de la culture mondiale passera par Internet. « Nous voulons collecter un exemplaire de chaque livre... On ne peut jamais savoir à l'avance ce qui va incarner la culture » annonce Brewster Kahle, tel un Noé sauveur de datas. Chaque semaine, 20 000 ouvrages débarquent à San Francisco pour réclamer leur place dans son arche qui les sauvera de la disparition.

 

 

 

Ancien entrepreneur sorti de la Silicon Valley après un fantastique contrat avec Amazon, Brewster Kahle a créé l'organisation à but non lucratif pour entamer un travail gigantesque d'archivage des pages Internet. Logiquement, il a agrandi son domaine d'activité aux biens culturels : audio, vidéo, écrit. « Nous devons protéger notre passé même si nous inventons un nouveau futur » lance-t-il, et on imagine facilement la devise en lettres d'or à l'entrée de sa maison. « Si la Bibliothèque d'Alexandrie avait fait une copie de chaque livre avant de l'envoyer en Inde ou en Chine, nous aurions d'autres écrits d'Aristote, d'autres pièces d'Euripide. »

 

L'Internet Archive et son équipe d'une trentaine d'employés se défendent en tout cas de toute présélection, et font appel à tous les donateurs à travers le monde, qu'il s'agisse d'universités ou de particuliers qui veulent faire un peu de place dans leur garage. Ce qui permet de trouver sur le site Temptation's Kiss, une romance quelconque, aussi bien que Tirez sur le pianiste de Truffaut ou qu'un live des Grateful Dead.

 

L'idée d'une bibliothèque ayant tranquillement fait son chemin dans l'esprit de Kahle, il a finalement investi 3 millions $ dans une énorme structure de stockage en juin dernier, afin d'entreposer tous les livres reçus à l'Internet Archive. Après un scan en bonne et due forme, les ouvrages papier sont conservés dans d'immenses containers de 40 tonnes, spécialement modifiés pour les accueillir et les protéger d'un éventuel incendie, par exemple.

 

Entreposés avec une fiche d'identité (au papier non-acide, précise l'Internet Archive) qui indique leurs références et leur origine, les ouvrages profitent d'une température de 15 °C maximum et d'un taux d'humidité de 30 %. De nombreuses bibliothèques et universités ont accueilli avec joie cet espace de conservation, qui leur permet de se séparer des milliers de documents qui encombraient leurs propres stocks. L'université de Pennsylvanie a ainsi fait parvenir 5500 films d'étudiants à l'Internet Archive. « Sans ça, ils auraient sûrement tous fini à la décharge » juge William Bishop, directeur du département médias et technologie de l'établissement.

 

« On s'est demandé à plusieurs reprises ce qu'Internet allait donner, et une de ces suggestions avançait la possibilité d'une grande bibliothèque qui donnerait un accès universel à la connaissance » se souvient Brewster Kahle, comparant le projet à ce qu'il a déjà réalisé. « Je travaille encore là-dessus » : au risque de décevoir les incrédules, même le déluge ne pourrait pas le décourager.