On décerne un prix à qui maltraite la syntaxe et la langue anglaise

Lauren Muyumba - 03.05.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - Academy Bad Grammar Awards - Grammaire - Programme scolaire


La lettre dédiée à Michael Gove, le secrétaire d'Etat pour l'Education, a été jugée incompréhensible par les juges de l'Academy Bad Grammar Awards. Selon The Independent, la cérémonie s'est déroulée ce jeudi dans un style à la X-Factor. La critique a été acerbe : une lettre digne "d'illettrisme" selon le jury.

 

 

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Par UWGB Cofrin Library_CC BY 2.0

 

 

On connaît l'humour légendaire des Anglais. Le but était de désigner « le pire usage de l'anglais par des personnes qui devraient l'utiliser correctement » parmi les publications des 12 derniers mois. Les juges ? Les auteurs Toby Young, Harry Mount, Nevile Gwynne et Rachel Johnson. Ils ont posé un oeil critique sur les publications officielles qui leur ont été soumises.


Leurs regards devaient détecter la moindre erreur de grammaire. Regard à l'affût des apostrophes placées au mauvais endroit, de mots utilisés au mauvais moment, des lapsus, des oublis de tirets, des adjectifs utilisés comme noms, des fautes d'accord, des maladresses de syntaxe...

  

Même si la soirée s'est déroulée sur une tonalité légère, les enjeux n'étaient pas des moindres. Le juge Nevile Gwynne est l'auteur de "Gwynne's grammar" publié en 2012, et rédigé en faveur « de la grammaire et de l'anglais juste » comme expliqué sur la page de couverture. L'auteur plaide pour l'utilisation des mots à juste titre, car d'après lui, cela « conduit à penser à juste titre, et donc à décider à juste titre », alors que la connaissance de la grammaire est une science qui se perd.

 

Pour montrer leur mécontentement face au nouveau programme scolaire proposé par Michael Gove, les professeurs d'université, de Bristol, Oxford et Nottingham entre autres, avaient publié une lettre de protestation dans les journaux nationaux anglais en mars 2013. Le problème c'est...que la lettre était apparemment bourrée de fautes. De quoi discréditer cet acte dont l'objectif était pourtant sérieux.

 

C'est pas ma faute...


Une attaque qui manque de crédibilité peut-être par son style, mais sûrement pas pour son fond. En effet, le projet de réforme lancé le 7 février 2013 avait été accueilli avec beaucoup de méfiance et de consternation par le corps enseignant et à tous les niveaux : les instituteurs de la primaire comme les professeurs de fac. Plus de 2000 enseignants avait signé une pétition contre la proposition de Michael Gove.

 

D'après la lettre, la réforme créerait davantage de pression et mènerait à un échec pédagogique. Les professeurs critiquent la méthode d'apprentissage du "par coeur", en craignant une démoralisation de leur part comme de la part des élèves, puisque le potentiel de ces derniers ne serait pas exploité.

Much of it demands too much too young. This will put pressure on teachers to rely on rote learning without understanding. Inappropriate demands will lead to failure and demoralisation. The learner is largely ignored. Little account is taken of children's potential interests and capacities, or that young children need to relate abstract ideas to their experience, lives and activity.


Des erreurs ont sauté aux yeux du jury. Par exemple, selon Gwynne, la phrase "to relate abstract ideas to their experience, lives and activity" est incorrecte, non seulement au niveau du sens, mais aussi grammaticalement. "Lives" est mis au pluriel alors que "experience" et "activity" sont au singulier.


Le secrétaire d'Etat pour l'Education et membre du parti conservateur anglais aura au moins une petite satisfaction, savourée avec humour, même si la majorité des professeurs lui tournent le dos...