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Opération de censure en Chine contre Cambridge University Press

Victor De Sepausy - 21.08.2017

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La Cambridge University Press (CUP), les presses universitaires de Cambridge, a été largement critiquée la semaine passée, pour avoir bloqué l’accès à des articles. La demande, saugrenue, émanait directement du gouvernement chinois. Plus de 300 articles scientifiques et historiques sont concernés par cette censure.



Cambridge University Press 
 

 

Le plus ancien éditeur au monde a supprimé les accès en ligne à plusieurs sujets traités — le massacre de Tiananmen en 1989, les Droits de l’Homme, Taiwan, le Tibet, etc. (la liste à cette adresse) — parce qu’ils ne présentent pas Beijing sous un jour favorable. CUP s’est défendu en expliquant n’avoir pas eu le choix : entre la menace de perdre les revenus liés à cette activité et la perte de lecteurs, l’éditeur n’a pas hésité. 

 

Il a cependant apporté des garanties qu’aucune censure a priori n’était effectuée : il s’agit uniquement de répondre aux exigences du gouvernement. CUP ne pratiquera pas de limitation d’accès de manière pro active à l’avenir. 

 

Et pourtant : dans le même temps, 1000 livres numériques ont été retirés du site, sans que ne soient apportées d’explications. « Nous notons que cette restriction de la liberté universitaire n’est pas un acte isolé, mais le prolongement des politiques qui ont conduit à diminuer l’espace d’échange et de discussion pour le public chinois, au sein de sa propre société », déplore l’éditeur Tim Pringle, travaillant pour China Quarterly. 

 

Ce sont en effet des articles publiés par cette revue que l’éditeur Cambridge University Press a sanctionnés. Le trimestriel, pourtant très respecté, et réputé, a été pris en flagrant délit de sujets interdits.

 

De son côté, CUP, pas vraiment dans son assiette, a multiplié les interventions : un porte-parole est allé jusqu’à assurer que cette mesure de censure était en réalité un compromis. « Nous avons obtempéré à cette demande initiale de supprimer des articles spécifiques, pour nous assurer que d’autres documents universitaires et pédagogiques que nous publions puissent demeurer à la disposition des chercheurs », explique-t-on. 

 

Voyant la polémique enfler, les critiques chinoises n’ont pas tardé : dans un média piloté par le parti communiste, les autorités expliquent clairement que si les méthodes ne conviennent pas aux Occidentaux, ils peuvent toujours cesser de travailler avec la Chine. Dans le même temps, les accusations les plus pesantes sont tombées sur CUP, à qui l’on reproche de faire le jeu du parti communiste, dans ses tentatives de museler la liberté d’expression et de restreindre l’accès aux informations. 

 

Le problème véritable, souligne Tim Pringle, est qu’aucune autre publication universitaire ne semble avoir été mise autant sous pression. Les autres éditeurs avaient-ils déjà, et spontanément, pratiqué la censure de leurs accès en ligne ? Pas nécessairement : pour l’éditeur de China Quarterly, ce type de méthode consiste à frapper fort sur le plus symbolique, pour effrayer les autres. 
 

En Chine, empruntez une faille spatio-temporelle littéraire


En effet, un pareil coup d’éclat dans le milieu universitaire pourrait avoir des répercussions auprès des différents éditeurs, et les conduire à une autocensure. Voilà qui impliquerait que le gouvernement chinois n’aurait plus même à intervenir pour empêcher l’accès à des sujets sensibles. 

 

CUP a-t-il alors « vendu son âme pour quelques millions de dollars en Chine » ? Ou bien négocié de laisser en ligne un contenu expurgé, pour assurer que toute la base de données ne soit pas sanctionnée ? L’éditeur se dit malgré tout préoccupé de voir « l’augmentation récente de demandes de pareille nature », alors que s’approchait le Salon du livre de Beijing. 

Paradoxe ? À l'approche de la Foire du livre de Francfort, des éditeurs chinois semblent s'ouvrir à des partenariats tournés vers l'Occident. Probablement pas un hasard.


via Inside Highereed, Japan Times