Orhan Pamuk et Mario Vargas Llosa appellent à la protection du patrimoine mondial

Antoine Oury - 01.12.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Mario Vargas Llosa Orhan Pamuk - patrimoine mondial protection - conférence Abu Dhabi


Demain s'ouvrira la conférence d'Abu Dhabi sur le patrimoine en péril, une initiative placée sous le patronage de l'Unesco et destinée à organiser la protection du patrimoine mondial menacé par les conflits, dans le monde entier. 5 Prix Nobel, dont Orhan Pamuk et Mario Vargas Llosa, appuient cette initiative avec un appel général à l'action.

 

Palmyre

La cité antique de Palmyre, en Syrie, menacée par l'État islamique

(Ghaylam, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Les représentants de 40 pays du monde participeront à cette conférence d'Abu Dhabi, coprésidée par la France et les Émirats Arabes unis : un Fonds spécial de 100 millions $ ainsi qu'un réseau international de refuges pour mettre à l'abri des biens menacés par les conflits seront mis en place.

 

Cinq Prix Nobel ont signé un appel pour appuyer l'organisation de la conférence et réclamer un passage à l'action immédiat. « À Bamiyan (Afghanistan), Mossoul (Irak), Palmyre (Syrie), Tombouctou (Mali) et ailleurs, des œuvres ont été détruites et c'est l'humanité tout entière qui était visée », écrivent Aung San Suu Kyi, ex-opposante devenue ministre birmane des Affaires étrangères et prix Nobel de la Paix en 1991, Kofi Annan, ancien secrétaire général de l'ONU et prix Nobel de la Paix en 2001, Helen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et Nobel de la Paix en 2011 et les deux prix Nobel de Littérature Orhan Pamuk et Mario Vargas Llosa.

 

« C'est notre espérance dans l'avenir que le fanatisme a voulu saper [...] il y a urgence à agir, le temps n'est plus aux indignations impuissantes. [...] Sans mémoire, il n'y a ni rêve ni horizon communs possibles. Nous lançons aujourd'hui un appel à la prise de conscience de la communauté internationale. Nous demandons aux gouvernements, à l'Unesco et à la société civile de se mobiliser pour protéger et sauvegarder le patrimoine culturel de l'humanité », peut-on lire dans leur message, cité par l'AFP.

 

« La première fois qu’il y a eu une véritable prise en considération d’un patrimoine en péril, c’est en 1965, lors du sauvetage des temples d’Abou Simbel en Égypte menacés par la montée des eaux du barrage d’Assouan. André Malraux, ministre de la Culture, Christiane Desroches Noblecourt, directrice du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre, et Jean Maheu, directeur général de l’Unesco, ont décidé de déplacer les temples. Cette magnifique épopée a en quelque sorte donné naissance à la Convention de 1972 », rappelle Bruno Favel, chef du Département des affaires européennes et internationales au ministère de la Culture et de la Communication.

 

Malheureusement, les conflits actuels ont poussé les gouvernements à revoir les actions mises en place pour protéger le patrimoine mondial, notamment après les attaques des organisations islamistes sur plusieurs lieux, comme la cité antique de Palmyre et les sanctuaires de Tombouctou.

 

L'enjeu est désormais de pouvoir agir vite lorsque des lieux ou des œuvres appartenant au patrimoine mondial sont menacés ou détruits : « Les législations nationales sont prévues pour des temps de paix et non pour des temps de guerre. Aussi, indépendamment de l’inscription sur la liste des biens en péril dans le cadre de la Convention de l’Unesco, nous demandons aux États qui sont susceptibles d’être en guerre, de communiquer leurs inventaires de façon à ce que les ONG et les organisations intergouvernementales puissent constituer des bases de données et disposer de traces de ces biens », explique Bruno Favel.

 

En septembre dernier, lors d'un déplacement à New York, le président de la République François Hollande avait déclaré vouloir la création d'« un droit d’asile pour les œuvres ».