Oxford : les bisbilles sur la chaire de poésie se poursuivent

Clément Solym - 11.06.2010

Patrimoine et éducation - A l'international - poésie - chaire - professeur


Décidément, la chaire de poésie d'Oxford devient une véritable plaie. Après les élections biaisées de l'an passé, avec le scandale occasionné par la campagne de diffamation de Ruth Padel contre le prix Nobel Derek Walcott, on prend les mêmes conditions et on recommence cette année.

Cependant, la poétesse Paula Claire qui vient subitement de retirer sa candidature n'en jette pas moins un lourd pavé dans la mare. Estimant que le processus électoral contient « de graves lacunes », elle a informé officiellement l'université qu'elle ne prendrait pas part à cette mascarade, rapporte le Guardian.

Dans une publication de la Gazette d'Oxford, un long article était en effet consacré à Geoffrey Hill : « tout simplement un géant », ou encore « le plus grand poète anglais aujourd'hui vivant ». Si ce n'est pas du lobbying, on peut se poser des questions sur les intentions de son auteur. Or, ce n'est pas sur les termes que Paula a tilté - elle reconnaît d'ailleurs très volontiers la valeur poétique de Geoffroy. C'est plutôt l'article en lui-même, « répugnant » et « délibérément écrit de manière à dévaluer tous les autres candidats ». Preuve en est, le papier en question n'évoque absolument aucun des autres professeurs potentiels.

Un comportement injuste, et plutôt furieusement, qui fausse complètement la donne.

Et puis, pour rajouter un peu de piment à la sauce qu'elle a balancée au visage des grands pontes de l'université, Paula dénonce également une note de misogynie dans toute cette histoire. « Le poste a été créé en 1708. Et depuis lors, ils n'ont jamais eu une femme et je pense qu'ils sont toujours déterminés à y placer un homme. »

Il serait plus que temps ajoute-t-elle, que rétablisse la valeur de cette chair et qu'on lui donne les moyens, en toute honnêteté, de profiter des meilleurs éléments - sans établir de discrimination sexiste. Après tout, on parle de poésie, non ?

Qu'on se rassure, l'université n'a pas tardé à réagir : un porte-parole qui avait vendu son père et sa mère pour obtenir sa place (je plaisante...), explique que si la décision de Paula a bien été actée, les allégations sur la justice du processus électoral ne sont pas très bien digérées. Pas du tout. D'ailleurs, ils ont même fait tout ce qu'il fallait pour que chacun bénéficie d'un traitement identique.