Par rancoeur, il vend la médaille paternelle du prix Nobel de littérature

Clément Solym - 30.11.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - Nobel Italie - littérature enchères - médaille récompense


La vengeance est un plat qui se déguste froid, comme le démontre le fils de Salvatore Quasimodo. L’auteur, gratifié du Prix Nobel de littérature en 1959, était salué pour « le lyrisme poétique », capable d’exprimer les expériences humaines tragiques. Mais Alessandro a décidé de se débarrasser de la médaille reçue par son père, et de la mettre aux enchères. Et quand on dit s’en débarrasser, c’est littéralement.

 

Salvatore Quasimodo

 

 

La vente aura lieu ce 2 décembre, à Turin, proposée par la maison Bolaffi. Non seulement la médaille, mais également le diplôme, l’ensemble pour une base de 50.000 €. Alessandro Quasimodo, acteur et réalisateur, nie avoir le moindre problème financier. « Mon geste relève de l’altruisme, et j’espère que les institutions pourront intervenir durant les enchères, parce que le Nobel peut être apprécié par le public », explique-t-il.

 

Selon la maison d’enchères, le lot pourrait partir entre 100 et 150.000 €. La médaille, 23 carats, avec le buste d’Alfred Nobel, le diplôme, deux feuilles manuscrites sur parchemin enluminé, sont également accompagnés de photos prises par Anna Riwkin, devenues portraits officiels, et le DVD de la cérémonie de remise du prix. 

 

Sur l’ensemble de la vente, 20.000 € seront redistribués pour financer une bourse d’étude pour un programme de premier cycle à Milan, destiné à l’étudiant le plus méritant. 

 

 

 

Alessandro s’est déjà fait des ennemis dans la presse italienne. « Je suis passé au hachoir à viande médiatique, quand j’ai vendu les archives de mon père. On m’a crucifié, en prétextant que la culture n’est pas une chose qui se vend. » Le ministre de la Culture, Dario Franceschini, a d’ailleurs estimé que la Sicile pourrait idéalement s’emparer de cette occasion, pour rendre hommage à l’auteur – né à Raguse, dans le sud de l’île.

 

Mais alors, pourquoi se séparer de l’héritage paternel ? « Ce que j’ai pensé, c’est que le Nobel, mon père l’a obtenu et personne ne peut le lui enlever. Je ne suis plus un enfant et je souhaite que ces souvenirs aient un avenir plus digne, de préférence une institution italienne, plutôt qu’étrangère. Je ne suis pas fétichiste, je ne passe pas mon temps à visiter des vitrines de médailles. Ce sont des choses qui ne m’intéressent pas. Je suis plus attaché à une photographie, un document de la famille, un autographe de mon père ou de ma mère, qui représentent bien plus pour moi que la matérialisation de la reconnaissance du prix Nobel. » 

 

Tout cela est bien beau, mais la vérité est ailleurs. 

 

En fait, explique Alessandro, il a gardé une rancune tenace à son père, de cette fameuse journée de remise du prix Nobel. « Le jour de la cérémonie à Stockholm, mon père s’est rendu là-bas avec une autre personne. Il n’a emmené ni ma mère ni moi. Je lui ai pardonné beaucoup de choses, mais pas ce geste. » (via La Repubblica)

 

En fait, Salvatore se serait rendu en Suède avec sa maîtresse. Et en Sicile, il y a des choses que l'on n'excuse pas.

 

 

Mise à jour : 

La médaille a été vendue pour 125.000 €, prise dans une petite tempête médiatique.