Patricia Highsmith, la lesbienne qui détestait les femmes

Victor De Sepausy - 29.10.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - Patricia Highsmith - controverse lesbienne - journal intime publication


Avec Monsieur Ripley (traduction française Jean Rosenthal), Patricia Highsmith avait conçu un personnage déboussolant, dont les ambitions n’ont d’égal que le machiavélisme. Un thriller qui marquait l’avènement d’une autrice de génie, tout à la fois décriée et fascinante. Et dont l’année 2021 promet de révéler bien des secrets.


 

Décédée en 1995, Mary Patricia Plangman, dite Patricia Highsmith, aura nourri le cinéma américain de ses thrillers – une douzaine de films inspirés de ses livres, pas moins. Avec en tout premier lieu, un certain Alfred Hitchcock, qui en 1951, portera L’inconnu du Nord-Express (traduction Jean Rosenthal) sur les écrans… 
 

8000 pages de multiples confidences


Dans une armoire à linge, chez elle — elle résidait au Tessin, en Suisse — étaient cachés deux journaux intimes. Dans le premier, un faisceau de réflexions sur des pistes de livres, des remarques philosophiques, ou encore ses propres remarques sur l’écriture. 

Dans l’autre, en revanche, ce sont des éléments plus personnels, des souvenirs, y compris sa rencontre avec l’écrivain Arthur Koestler — qu'elle désigne comme un « épisode misérable et sans joie ». Ou encore, ses efforts, à travers une psychothérapie, pour « me mettre dans une perspective de mariage ». En vain.

Ses propos sont acerbes, sans ménagement, brutaux au besoin, tant à l’égard des hommes que des femmes. « Le mâle américain ne sait pas quoi faire avec une fille, une fois qu’il l’a eue. Il n’est ni vraiment déprimé ni inhibé par un héritage puritain contraignant ou contextuel : il n’a tout simplement aucune perspective allant liée à une situation sexuelle. » 

Au fil de quelques 8000 pages de journal intime, les biographes ont largement eu de quoi puiser pour détailler la figure de Patricia Highsmith. Mais jamais les documents n’avaient encore été rendus publics. Et leur parution interviendra donc en 2021, apprend-on. 



 

Ne rien dissimuler ni cacher


Pour Anna Von Planta, son exécutrice testamentaire et littéraire, il n’y a aucune raison de censurer ni de minimiser les propos qu’elle tient — en grande partie parce que la romancière avait anticipé qu’ils seraient publiés. « Son idée était de montrer comment Patricia Highsmith était devenue ce qu’elle fut. Et de la laisser raconter sa vie, ses pensées, ses préoccupations, comment elle abordait son travail, avec ses propres mots. »

Et de toute évidence, les idées qui lui traversaient l’esprit n’étaient pas les plus humanistes qui soient : elle pouvait se montrer odieuse et violente, particulièrement désagréable. Elle affirme détester les noirs, les juifs, les femmes, tout en détaillant méthodiquement les raisons qui l’ont conduite à cet état d’esprit. On peut d'ailleurs retrouver les meilleurs livres écrits par des femmes l’an passé.

Que ce soit en parlant du rejet par sa mère, ou la tentative de son propre père de la séduire quand elle était adolescente — ou encore l’agression sexuelle dont elle fut victime, vers l’âge de 4 ou 5 ans, par deux hommes… Elle-même se présentait comme une lesbienne qui détestait les femmes – politiquement incorrecte à bien des égards. 

Liveright Publishing projette de les faire paraître en 2021, donc, en un seul volume : plus de vingt ans après son décès, cette mise à nu qu’elle avait clairement imaginée montrera toute la complexité du personnage. « Elle a dit qu’elle était née sous une étoile maladive, et elle a su dès le début de sa conscience qu’elle était difficile et qu’elle avait un problème avec l’idée existentielle d’être », a déclaré Andrew Wilson, auteur de la célèbre biographie Highsmith, Beautiful Shadow publiée en 2003.

« Les journaux intimes remettent cela en question encore et encore. Fascinant, mais puissant. Vous ne pourrez pas les lire d’un coup. » Une femme secrète, indéchiffrable, même pour ses proches, ses amis, ou ses amants, capable de s’aveugler de par sa propre bigoterie, à en rallier des vues racistes ou antisémites. Et quelle œuvre pourtant laissée…

via Guardian, New York Times


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