#Petaloso : à 8 ans, il invente un mot poétique que toute l'Italie adopte

Nicolas Gary - 25.02.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Italie linguistique - néologisme création - poésie fleurs


C’est l’histoire d’une belle erreur, d’un néologisme qui commence à faire le tour de la planète. En inventant l’adjectif “petaloso”, un élève de 8 ans, Matteo, est devenu la star d’internet. Fulgurance poétique, pour une boulette orthographique ? Non seulement toute l’Italie s’enflamme, mais c’est avant tout la démonstration d’une volonté pédagogique épatante. Retour sur un véritable phénomène Boule de Net.

 

petaloso-renzi-neologisme-italie
 

 

C’est l’histoire d’une délicieuse boulette, qui sent bon. Dans une école primaire de Copparo, à Ferrara, Matteo produit une poésie. Et pour décrire une fleur, il emploie le terme « petaloso ». Basé sur le mot petalo, un pétale, l’enfant a ajouté la terminaison adjectivale -oso, pour aboutir à petaloso. Et voici comment une fleur est devenue « pétaleuse », pleine de pétales.

 

Une faute qui en l’espace de quelques jours est devenue un phénomène sur les réseaux sociaux. Sa maîtresse, Margaret Aurora, voit la faute, mais décide de ne pas s’arrêter à cela : elle fait un courrier à l’Accademia della Crusca. Cette société savante rassemble des experts de la linguistique et de la philologie italiennes. 

 

C’est que petoloso, en dépit de ses sonorités n’a aucune existence dans la langue italienne. « Ce mot », précise l’enseignante, « bien qu’inexistant, m’a plu, aussi ai-je décidé de l’envoyer à l’Académie pour le faire évaluer. Aujourd’hui, nous avons reçu la réponse, précise et complète. Pour moi, c’est comme un millier de cours d’italien. Merci à son petit inventeur, Matteo ». 

 

Qualche settimana fa, durante un lavoro sugli aggettivi, un mio alunno ha scritto di un fiore che era "petaloso". La...

Posté par Margherita Aurora sur mardi 23 février 2016
 

 

Car la réponse de l’Académie est magnifique : « Le mot que tu as inventé est un joli mot, bien formé, et peut être utilisé en italien ainsi que d’autres mots sont formés de la même manière : vous mettez ensemble petalo + oso, petaloso, plein de pétales, avec tant de pétales. De la même manière, en italien, on trouve pelo + oso, peloso, plein de cheveux, ou même encore coraggio + oso, corragioso, courageux, plein de courage. »

 

Et de poursuivre : « Ton mot est beau et simple. Mais sais-tu comment faire entrer un mot dans le vocabulaire ? [...] tu as besoin que beaucoup de personnes l’utilisent et tout autant le comprennent. Si tu peux diffuser ce mot auprès de nombreuses personnes en Italie, alors on commencera à dire « Comme cette fleur est pétaleuse ». Alors, petaloso deviendra un mot italien. » 

 

Les réseaux sociaux, en Italie, se sont enflammés, et tout le pays s’est soudainement passionné pour ce néologisme. D’autant plus que le pays pleurait, dans le même temps, la mort d’Umberto Eco : Il professore n’aurait certainement pas rejeté cette invention. 

 

Non seulement les internautes s’en emparent, mais, surtout, la presse en parle et ne cesse de multiplier les interviews de la maîtresse, de l’enfant, de gloser sur cette création, partie de nulle part. On y lit, bien entendu, la vacuité – la vanité ? – médiatique, mais l’ensemble prend une telle ampleur que l’affaire remonte aux plus hautes sphères du pouvoir.

 

Et voici qu’un autre Matteo, moins jeune et accessoirement Premier ministre italien, s’empare de cette histoire. Tout d’abord dans un tweet, Renzi salue cette nouveauté. 

 

 

 

Et voici qu’à l’occasion de l’inauguration du Human Technopole, nouveau projet de recherche, le Premier ministre officialise son enthousiasme. « Hier, un garçon de huit ans a écrit avec sa professeure une lettre à l’Académia della Crusca. Cet enfant a inventé un mot que l’Académie, après une longue discussion, a considéré comme un terme qui doit entrer dans le vocabulaire italien. Ce mot a même été repris dans la société italienne et a fini par entrer dans l’usage de la langue. Voici pourquoi je dirais ce que projet pourrait être défini comme «petaloso». » (via La Repubblica)

 

Le centre de recherche Human Technopole doit contenir 1500 personnes, travailler dans les domaines de la santé et de la nutrition, et réunir chercheurs et étudiants, ainsi que de nombreuses sociétés. Il sera basé à Milan, siège de l’édition italienne...