Philippe Aghion déplore le manque de moyens des universités françaises

Clément Solym - 17.08.2012

Patrimoine et éducation - Scolarité France - LRU - Universités - Ministère de l'enseignement


Philippe Aghion, professeur d'économie à Harvard, a accordé un entretien à Mediapart ce mardi. Il est actuellement conseiller officieux de la ministre Geneviève Fioraso, rattaché à l'enseignement supérieur et la recherche. Pendant que le ministère prépare les prochaines Assises de l'enseignement et de la recherche, l'économiste a exprimé son opinion sur le bilan de Valérie Pécresse. Il présente également son éclairage sur les défis auxquels doit faire face la successeuse.

 

La Sorbonne - University of Paris

 La Sorbonne

 

 

Philippe Aghion évoque, dans le cadre de la loi LRU, la volonté du gouvernement d'autonomiser les universités. L'économiste juge cette tendance fondamentalement bénéfique. Elle porterait selon lui ses fruits dans les performances en matière de publications et de brevets. Il souligne toutefois le besoin de moyens qui en résulte. Il s'exprime en ces termes : « Le côté négatif de la loi LRU, c'est d'abord qu'elle n'a pas remédié au cruel manque de moyens dont souffrent les universités françaises ». Or, le spécialiste affirme que l'autonomie ne fonctionne pas sans moyens.

 

Il déplore également le fait que la réforme divise les acteurs universitaires. Ainsi, il dit que la loi LRU a créé « des présidents d'universités tout puissants ». La loi a été élaborée par le gouvernement en partenariat avec les présidents d'universités, mais elle est globalement critiquée par les organisations étudiantes comme par les syndicats d'enseignants chercheurs.

 

Il se déclare favorable aux « vertus d'une émulation saine entre les universités », mais défendant la restriction de cette pratique au seul enseignement supérieur. L'économiste soutient notamment les initiatives d'excellence (Idex) auxquelles il a contribué en tant que membre du jury. Il annonce que Geneviève Fioraso devra toutefois mettre de l'ordre dans les trop nombreux dispositifs. Le mot d'ordre du ministère sera donc à la clarification.

 

Philippe Aghion se prononce en faveur de l'évaluation des professeurs par leurs élèves. Il rappelle d'ailleurs que cette pratique se généralise dans les pays développés, en dépit des scepticismes évoquant un possible chantage dont pourraient souffrir les professeurs. Il loue également le système allemand qui permet aux élèves de comparer des statistiques qualitatives leur permettant de faire leur choix au moment de choisir leur établissement scolaire.

 

En somme, le changement de gouvernement n'empêchera pas une certaine continuité dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche.