Pierre Perret, 80 ans de chansons et de livres à l'Olympia

Cécile Mazin - 09.07.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Pierre Perret - Aurélie Filippetti - chansons textes


Le chanteur célèbre 80 années de facéties verbales et de polissonneries en chansons : Pierre Perret, c'est un peu comme un monde d'enfant, et en réécoutant ses titres les plus anciens, cet originaire d'Aix avait quelque chose qui nous embarquait dans le Sud de Nino Ferrer. Et comme Pierrot s'arrange pour souffler ses 80 bougies à l'Olympia, ce 9 juillet, le ministère de la Culture lui a offert une médaille. Pas de chance : elle n'est pas en chocolat !

 

 

© MCC / Didier Plowy.

 

 

Commandeur des Arts et des Lettres, Pierre n'en demandait certainement pas tant, mais la ministre de la Culture a tenu à accueillir le bonhomme avec bonhomie. C'est que, compositeur et chanteur, d'accord, mais l'ami Pierre est aussi auteur, principalement publié au Cherche Midi d'ailleurs. Et tout à la fois pour des recettes de cuisine, des textes de chansons, mais aussi en adorateur de la pisciculture.

 

Et celui qui a fait grincer des générations d'oreilles d'adultes en chantant « Comment papa a fait un p'tit frère à maman », ne pouvait pas s'épargner une anthologie de la poésie érotique, qui fut sortie chez Nil en 2000. La ministre n'en a pas dit moins ce matin. 

De pirouettes en calembours, de sous-entendus en éclats de rire, vous trouvez les mots pour dire la vie qui va, les coups de colère et les coups du sort, les coups de foudre, les coups pour rien et les coups bas. Des mots qui font rire et rêver, des mots tendres et drôles, qui des « Jolies colonies de vacances » à « La cage aux oiseaux », sont sur toutes les lèvres, de génération en génération.

Ils ont le charme indéfinissable et la douceur mélancolique de la poésie qui s'engouffre dans nos quotidiens, des halls de gare et leurs « solitudes plein tarif » à la tendre invitation au voyage du P'tit Loup, au pays où « des types ont tous les soirs du désespoir plein la trompette », où les Van Gogh ressemblent à des incendies.

[...] Au-delà de vos textes et de votre amour de la langue française, c'est le plaisir immense que vous semblez prendre à être sur scène, à écrire vos souvenirs ou vos passions, à labourer notre langue et compulser les mots rares ou l'argot, que l'on retient de vous. Le regard qui frise, le sourire aux lèvres, avec cette générosité qui nous transperce, vous traversez lesannées, heureux, communiquant autour de vous cette joie de vivre qui vous caractérise, qui nous éclaire, nous fait du bien et nous réchauffe.

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Le dernier album de Pierre Perret, Drôle de poésie, est sorti le 14 avril dernier et heureux seront ceux qui assisteront au concert de l'Olympia ce soir. Assurément.

 

Parti pour une 80ème année, Pierre Perret montre que l'âge n'est pas un frein au talent avec l'album Drôle de Poésie !, résumant en une interjection les deux mammelles qui le caractérisent. Depuis plus d'un demi-siècle qu'il se frotte à la chanson, le jongleur de mots a creusé un sillon reconnaissable entre tous, fait d'humour, d'argot, de tendresse et relevé d'une pointe d'engagement, comme le démontrait La Femme Grillagée en 2010.
Ainsi, il n'est pas étonnant de retrouver dans son successeur tout ou partie de ces ingrédients, avec une pointe de libido tempérée par la sagesse, ou vice versa. Taquiné par la muse et davantage par son enveloppe charnelle, l'auteur du « Zizi » se fend d'une resucée avec « Une bite au fond des yeux », moins directe et très stylisée, sur laquelle s'arrêteront néanmoins voyeurs ou censeurs, ce qui revient parfois au même. Placée en récompense finale, cette gâterie fait écho à la « Pas très belle » préliminaire, contant les aventures d'une vendeuse de marrons tout aussi chauds, sur un air easy listening un poil latino.
Le recueil comportant pour moitié des portraits féminins dédiés à « Hélène » (qui « ne fait plus rien gratos »), « Lola » (qui jette « en sifflant Les feuilles mortes »), « Germaine », « Alphonsine », ou encore Sophie « La Philosophe », pose sa prose sur des musiques largement oblitérées, conférant à l'ensemble un savoureux petit air rétro du music-hall de jadis, rappelant les débuts du Castelsarrasinois. Outre ces frivolités, Drôle de Poésie ! s'attarde sur d'autres beautés naturelles (« L'Arbre si beau »), compose une « Salade mythologique » et s'amuse des aléas hospitaliers dans une « Ronde macabre ». Mais la plus touchante est sans doute la déclaration amoureuse de « Si tu t'en vas », conjurant toute tristesse. Le galant, toujours vert, a gagné en sagesse.