Piratage : comment l'école inculquera la propriété intellectuelle aux jeunes ?

Nicolas Gary - 20.11.2018

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Le piratage, c’est un peu comme se curer le nez avec le doigt : c’est sale, et on n’aime pas se faire prendre en flagrant délit. S’appuyant sur les dernières données de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, le député LREM Christophe Blanchet se demande si la jeunesse n’est pas pervertie. Et insensible au droit d’auteur...



Jérôme Bosch - La vision de Tondale  (détail)


 

Les derniers chiffres fournis par Hadopi ne manquaient déjà pas de piquant : les jeunes consomment de plus en plus de biens culturels de façon illicite. Les 15-24 ans sont les plus concernés par le piratage, notait la Haute Autorité. 

 

Heureusement, le livre s’en sort : si 26 % des répondants 15-24 ans ont eu accès à un ebook au cours de 12 derniers mois, l’industrie semble peu sujette à la contrefaçon. Et ce, bien que les usages évoluent dans ce sens.

 

Contrefaçon : aucune pudeur pour les ados


Et le député de relever, d’après les données de l’EUIPO : « Ainsi, 15 % d’entre eux reconnaissent avoir intentionnellement acheté un produit contrefaisant, tandis que 27 % admettent avoir sciemment accédé à des contenus provenant de sources en ligne illégales. Ils sont même 41 % à trouver l’achat de contrefaçons admissible si le prix de l’original est trop élevé. »
 

L’accès illicite au livre numérique
en progression en France

 

En outre, la jeunesse serait encline à pirater, considérant que la propriété intellectuelle freine l’innovation. Il en appelle donc à l’Éducation nationale pour que Jean-Michel Blanquer sévisse. La protection de la PI serait délaissée par les enseignants, qui « ignorent de qui elle relève dans l’équipe pédagogique ».

 

En outre, le sujet ne serait pas mentionné dans les manuels – mais de quels manuels parle-t-on alors ? 

 

« La situation est un peu meilleure dans certaines filières technologiques où la question peut être traitée dans la cadre de l’enseignement d’économie, mais les produits contrefaits concernent tous les lycéens d’aujourd’hui et quelle que soit la place qu’ils seront appelés à prendre demain dans la société », poursuit le député.  

 

Piratage : valoriser l’offre légale et faire peur
aux internautes, mais intelligemment

 

Mais une question demeure : qu’est-ce que la rue de Grenelle peut faire pour enrayer un drame potentiel ? Et plus encore, le service national universel se prêtera-t-il à une sensibilisation essentielle ?

 

Un laboratoire de sévices corporels à prévoir ?

 

Dans une étude présentée en janvier dernier dans la Harvard Business Review, il semble que l’on ait déjà les bases des réponses à apporter. L’attractivité qu’exercent les biens matériels se conforterait en effet à mesure que notre environnement se dématérialise.

 

« Parce que nous ne pouvons pas toucher, détenir et contrôler les biens numériques, de la même manière que nous interagissons avec les biens physiques, nous ressentons un sentiment de propriété altéré pour les biens numériques », notait alors la HBR. 

 

Or, si le vol est associé à un sentiment de culpabilité de toute éternité, des scientifiques australiens avaient déjà montré, en 2016, que le cerveau ne réagit pas face au téléchargement pirate.  

 

« La première expérience d’imagerie cérébrale a révélé que le cerveau des gens était bien plus actif à essayer d’imaginer une chose intangible, par rapport à des objets physiques. Ce qui suggère que les gens ont plus de difficultés à se représenter des éléments incorporels », indiquait l’étude. 

 

L’interaction et le contact avec des objets physiques entraîneraient la prise de conscience de l’existence, quand la dématérialisation n’introduirait donc aucune relation à la propriété. 

 

Pour abonder dans le sens du député LREM, c’est donc une approche type Orange mécanique qu’il faudrait envisager. Juste pour instiller une réaction immédiate devant le piratage. 

 

Stephen King avait également trouvé une autre approche, pour arrêter de fumer : relisons donc ensemble Desintox, Inc. : l’idée de prendre des décharges électriques si l’on retombe dans la nicotine peut être rédhibitoire. Elles en sont pas infligées à soi-même, bien sûr, mais à un être cher... (nouvelle à retrouver dans Danse macabre, traduit par Lorris Murail et Natalie Zimmermann).




Commentaires
Le marché des tazers va connaître une croissance importante ces prochaines années...
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