Pommeau d'or, sertie de pierres bleues : la Canne de Balzac

Auteur invité - 17.12.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - canne Balzac - musée maison Balzac - histoire littérature


Alors que se termine l’année Balzac, il est temps de rendre hommage à l’un de ses accessoires dont le souvenir s’est estompé avec le temps. En 1834, après les réussites consécutives d’Eugénie Grandet, de La Femme de trente ans et de La Duchesse de Langeais, Balzac s’offre à crédit un objet coûteux et d’un goût incertain, une canne à pommeau d’or serti de pierres bleues. 


 
Cet accessoire étonne par sa taille (énorme), par ses pierreries (des turquoises, habituellement réservées aux bijoux des jeunes filles) et par les armoiries arborées qui ne sont pas celles de Balzac, mais celles d’une famille d’homonymes avec laquelle il n’a rien à voir. 

Cet objet outrancier en tout contraste avec la finesse, l’élégance et la discrétion des cannes des dandys qu’il côtoie à l’opéra et se plait à décrire dans ses romans (Henri de Marsay, Lucien de Rubempré…) et fait les délices des caricaturistes. Bientôt, on ne voit plus Balzac, le vrai et le croqué, sans elle. Selon la légende, les chaînettes de cette canne auraient été confectionnées avec un bijou de Madame Hanska, le grand amour du romancier, et son pommeau creux contenait une mèche de cheveux de femme. 
 
Delphine de Girardin, célèbre salonnière et amie de Balzac, prit cet objet pour thème principal d’un court roman et affirma de cette canne qu’elle rendait invisible celui qui la portait dans la main gauche. 

Ainsi, selon elle, la facilité qu’avait Balzac à se glisser dans tous les costumes, tous les mondes, comme s’il avait vécu plusieurs vies, venait de cette possibilité que sa canne lui donnait de les observer à son aise, sans être vu : « M. de Balzac se cache pour observer ; il regarde, il regarde des gens qui se croient seuls, qui pensent comme jamais on ne les a vu penser ; il observe des génies qu’il surprend au saut du lit, des sentiments en robe de chambre, des vanités en pantoufles, des fureurs en casquettes, des désespoirs en camisoles, et puis il vous met tout cela dans un livre. » 
 

Un artefact tout balzacien


L’histoire de cette canne et les pouvoirs qu’on lui suppose sont à eux seuls une métaphore de la vie de Balzac et de son œuvre. Balzac n’a pas voulu une canne semblable à celle des arbitres de l’élégance de son époque, refusant de faire semblant de ressembler à ces apôtres du raffinement. 
 
Son originalité ostentatoire, loin de passer pour du mauvais goût, a affirmé sa personnalité et la puissance de son œuvre. Dédaignant les convenances, il a choisi les pierres qui lui semblaient les plus belles et s’est inventé une histoire familiale romanesque avec des ancêtres nobles qu’il n’avait pas. Cette canne raconte aussi l’histoire d’amour à laquelle il fut enchaîné toute sa vie et laisse planer un certain mystère concernant la propriétaire de la mèche de cheveux. 

Enfin, le mythe d’une canne qui rendrait invisible est le fantasme de tous les romanciers voulant tremper leur plume passionnée dans l’encre de la vie des autres et notamment dans les secrets les mieux cachés, à l’intérieur de maisons qu’ils rêveraient d’observer discrètement. Anneau de Gygès ou cape d’invisibilité, elle symbolise le désir d’une prose réaliste, de personnages qui « sonnent » vrai, d’une œuvre fluide comme un reflet.

Maëlle de La Chevasnerie
professeur de lettres 

La maison de Balzac est située dans le XVIème arrondissement de Paris, 47, rue Raynouard et 24, rue Berton. Ouverture, du mardi au dimanche de 10 h à 18 h



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